BONUS : RTT et tourisme d’affaires

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RTT : le tourisme d’affaires ne lui dit pas merci

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Voilà plus de 12 ans que la France connaît la RTT : la réduction du temps de travail, ou appelée également les 35 heures, que nos pays voisins ne semblent pas nous envier. S’il ne s’agit pas ici de donner ou de refuser une valeur sociale à la RTT, et bien sûr pas non plus d’apporter un point de vue purement politique sur cette mesure, la réduction du temps de travail n’a pas fait l’affaire des entreprises inscrites dans le tourisme d’affaires. De leurs clients, non plus d’ailleurs. Car si le tourisme de loisirs a pu, éventuellement, tirer parti de la RTT — encore qu’il est prouvé que pour partir davantage en vacances ou en courts séjours, il faut des revenus disponibles et pas seulement du temps libre — il est clair que les voyages professionnels et le marché des MICE (séminaires, conventions,…) n’ont pas été gagnants du tout avec la mise en place des 35 heures au début des années 2000.

Car la RTT a provoqué sur cette clientèle de nombreuses conséquences dans sa consommation de déplacements à motifs d’affaires. En premier, on constate facilement que les hôtels et les différents modes de transports sont moins remplis par les clientèles professionnelles qu’auparavant (dans les années 1990), durant les lundis et les vendredis. Il s’en est suivi une forte concentration de la demande en voyages d’affaires et en séminaires sur les milieux de semaines. Car après tout, les entreprises ont besoin de faire voyager leurs collaborateurs et de maintenir des réunions. Il est même question de goulot d’étranglement dans la demande des mardis aux jeudis, avec pour effet des prix qui montent selon la loi de l’offre et de la demande : forte demande = prix en hausse.

Cet état crée une frustration tant du côté des professionnels du tourisme d’affaires, que de leurs clients. Les premiers aimeraient que la demande soit plus lissée sur tous les jours de la semaine, comme avant. Les seconds se voient souvent refuser des réservations, faute de place durant les milieux de semaines. Comme, de plus, les entreprises s’y prennent au dernier moment pour les voyages individuels de leurs collaborateurs ou pour leurs séminaires, la situation demeure compliquée.

La RTT est également en grande partie à l’origine de la réduction des durées moyennes des réunions professionnelles, dont les séminaires, les formations et les conventions. En une dizaine d’années, elles ont perdu 1 journée, passant ainsi de 3 à 2 jours, en moyenne. Car dans la majorité des entreprises, les employés en RTT ne sont pas remplacés et il faut donc faire le travail avec moins d’effectifs présents. Du coup, on cherche à limiter les temps, voire les fréquences de déplacements, quand cela est possible.

Changement de perception sur le travail

Mais l’effet le plus subtil et le moins visible de la RTT a été celui de la séparation nette entre vie privée et vie professionnelle. Les employés, mais aussi les cadres et les commerciaux se sont arrangés avec l’idée qu’il fallait cloisonner les deux, même s’il demeure que 46 % des cadres supérieurs disent emporter occasionnellement ou régulièrement du travail à la maison. Et cette situation de coupure entre travail et vie personnelle se retrouve parfaitement dans les séminaires et les conventions d’entreprises. Quand dans les années 1980 et 1990, on pouvait aisément et sans retenue réunir les participants à ces manifestations et réunions durant les week-ends, voire les petites vacances, il n’en est franchement plus question aujourd’hui.

Seulement 15 % des entreprises établies en France, interrogées par Coach Omnium, déclarent qu’il peut leur arriver parfois d’organiser des séminaires en mordant sur les week-ends de leurs collaborateurs. Mais que cela restait du domaine de l’exception et que cela se justifiait quand les rencontres se passent dans des sites associés à des lieux de vacances. Faire quelques descentes de ski le dimanche en arrivant le samedi dans une station de montagne, pour démarrer le séminaire le lundi matin, peut arriver ; mais c’est rare. C’est surtout réservé aux cadres de direction et à des commerciaux. Mais, on touche-là des cas devenus singuliers.

Désormais, seuls les objets nomades de communication sont restés à cheval sur la vie privée et la vie professionnelle. Il en va ainsi des ordinateurs portables mis à disposition par les entreprises, que l’on utilise tant pour soi que pour son travail (9 voyageurs d’affaires sur 10 en ont un), des smartphones (6 clients sur 10) et à présent des tablettes (18 %).
 
La RTT a eu par conséquent une incidence profonde sur notre société française, et cela ne se résume pas uniquement à une réduction effective et concrète du temps de travail, mais aussi à une nouvelle façon de penser la vie professionnelle.

Mark Watkins