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Une
conférence-débat exclusive
organisée
et produite par Coach Omnium |
Compte
rendu résumé de la rencontre du
lundi 19 septembre 2005 au Pavillon Kléber à
Paris
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Voir également notre rapport
complet d'analyse en ligne.
En
ce lundi 19 septembre 2005 au Pavillon Kléber,
la salle était comble avec près de 200 personnes,
dont plus d'un tiers étaient venues de province : responsables
et collaborateurs de collectivités territoriales, CRT, CDT,
CCI, responsables de chaînes hôtelières intégrées
et volontaires, représentants de syndicats, membres de la
Direction du tourisme, hôteliers et investisseurs, journalistes,
sociétés financières,…
La rencontre a été animée
par Nelly Rioux, directrice-associée du
site www.kifaikoi.com
et co-auteur avec Mark Watkins du livre "Adaptez votre
produit hôtelier à la clientèle",
aux éditions du journal L'Hôtellerie-Restauration
sur www.lhotellerie.fr.
Le
sujet abordé et non pas traité, tant il est large,
a débuté par la projection d'un diaporama
présentant des photos d'hôtels classés
français, prises ici et là. Sans être représentatives
de notre hôtellerie, elles montraient des images parfois éprouvantes,
souvent dégradantes, de ce qu'on peut trouver de plus médiocre
dans notre hôtellerie, mais aussi de moins adapté aux
attentes de la clientèle hôtelière. Le tout
était projeté sur "Avec le temps" de Léo
Ferré,…
Mark Watkins, directeur
de Coach Omnium, a ensuite présenté sur près
d'une heure une conférence sur la situation et la
problématique de l'hôtellerie en France.
"Mon analyse part en premier des clients d'hôtels
et sur ce qu'ils expriment depuis des années auprès
de Coach Omnium, depuis sa création il y a 14 ans",
explique-t-il. "Après
être parti de ce constat sur l'état de l'offre et sur
ce que les clients en pensaient, nous avons dû étudier
les raisons pour lesquelles on en est arrivé là. L'hôtellerie
française a effectivement pris un grand retard de modernité,
est en proie à un manque d'innovation et souffre d'un nombre
croissant de clients qui se montrent perplexes face à une
offre qui ne tient plus ses promesses. 1/4 de nos hôtels seraient
vieillots, voire vétustes et 1/3 franchement à bout
de souffle. Notre hôtellerie perd ses gros utilisateurs (1
à plusieurs nuits par semaine) : ils étaient 47 %
en 1993, contre seulement 27 % aujourd'hui. Certes, le nombre de
nuitées hôtelières a augmenté en 10 ans
(180 millions de nuitées, +24 %), mais c'est principalement
au bénéfice des… chaînes hôtelières
intégrées qui absorbent aujourd'hui 52,7 % de parts
de marché (contre 43 % en 1994), alors qu'elles ne représentent
que 16 % de l'hôtellerie classée".
"La
hausse du nombre de nuitées hôtelières (1/3
d'étrangers, 2/3 de Français) s'est principalement
faite par une clientèle occasionnelle à faible fréquence
d'achat. Mais il faut bien admettre qu'il serait trop facile de
jeter uniquement la pierre aux hôteliers qui n'ont pas vraiment
su évoluer et se sont laissés prendre — petit
à petit — des clients par les chambres d'hôtes
ou les résidences de tourisme, notamment. Des influences
externes à la profession sont également en cause (atonie
économique, effets climatiques, tensions internationales,
monnaie, pétrole, etc.), mais également des carences
internes (problèmes de personnel, manque de formation/information
des professionnels, mauvaise prise en compte des changements de
consommation, dumping et pression sur les prix, immobilisme et conservatisme,…)".
Autrement
dit, les idées, les volontés et l'argent manquent
pour que notre hôtellerie se remette en beauté et puisse
re-séduire la clientèle. Mais rien ne devrait empêcher
la profession de se remettre, enfin, en question aujourd'hui.
"Nous
sommes tous collectivement dans le déni ; nous sommes les
autosatisfaits de notre offre touristique. Nous jouons même
les irresponsables, accusant les autres de nos malheurs : l'Etat,
la conjoncture, le pétrole, Bush, le dollar, les touristes
qui n'ont rien compris, les chambres d'hôtes ou les résidences
de tourisme,… c'est toujours et toujours de la faute des
autres, vous dis-je", s'exclama Mark Watkins. "Il faut
vraiment que les professionnels de l'hôtellerie et les pouvoirs
publics les y aidant, revoient leur copie et cessent de chercher
à casser le thermomètre pour plutôt envisager
de combattre la maladie."
En résumé :
1) notre offre hôtelière, y compris dans les chaînes,
est en train de vieillir sérieusement (ou est devenue vieille)
et à grande vitesse, de manière devenue parfois inacceptable,
2) les prix des hôtels s'envolent avec parallèlement
un appauvrissement de la prestation (le produit comme le service),
3) la clientèle est lasse de notre offre ; elle raccourcit
et limite ses séjours,
4) les clients d'hôtels trouvent que les hôteliers
prennent de moins en moins en compte leurs besoins et leurs demandes,
5) les hôteliers sont entrés pour beaucoup dans une
phase critique, avec une rentabilité qui s'effrite et qui
ne leur permet pas de réinvestir,
6) c'est la fin des cycles en hôtellerie.
"L'hôtellerie
va plus mal qu'il y a 10 ans et ira encore plus mal dans 10
ans, si rien ne change aujourd'hui," martèle
Mark Watkins.
Jean-Michel Blanc,
directeur de SPOT Auvergne, a présenté les prémices
d'une grande étude qui est en train d'être réalisée
dans 200 hôtels d'Auvergne. Allant plus
loin qu'une banale étude de marché, l'objectif de ce travail
est clairement de pouvoir déceler au final "ce qui fait
qu'un hôtelier réussit dans son exploitation et ce
qui fait que d'autres ne réussissent pas". L'approche,
intelligente au demeurant, va au-delà des simples constats
statistiques. Il s'agit de comprendre directement ce qui fait le
succès d'une entreprise hôtelière. L'étude
devrait être terminée avant la fin de l'année
2005.
Une table ronde réunissait
ensuite Philippe Moisset (Directeur à la
Caisse des Dépôts), Frantz Taittinger (ancien
Président du groupe Envergure et Président
de l'hôtel Martinez à Cannes et du Palais de la Méditerranée
à Nice), Daniel Gillot (Consultant spécialisé
en hôtellerie, ancien directeur général chez
Le Méridien), Jean-Michel Blanc (directeur
de SPOT Auvergne), Jean-François Tassin (Président du Géfil)
et Mark Watkins.
La
table ronde devait aborder le thème de "quelles
solutions trouver pour moderniser l'hôtellerie française
?". Un sujet impossible à couvrir en si
peu de temps. Parmi les pistes possibles, la réinstauration
des BIC hôteliers (défiscalisation) n'a pas fait l'unanimité
pour ceux qui craignent la relance d'hôtels sans marché
local. Mais la proposition initiale a été de replacer
la défiscalisation sous conditions et notamment dans le but
de moderniser l'hôtellerie par des travaux lourds, comme ce
qui a été appliqué dans les Antilles françaises.
La
nécessaire formation & information des hôteliers
a été évoquée, ainsi que le besoin d'innover
et de rendre plus originaux les hôtels.
D'autres
thèmes conjoints ont été abordés ou
remarques faites, comme :
-
Le peu de succès de la certification Hotelcert auprès
des hôteliers, avec seulement près de 220 certifiés
à ce jour (selon Hotelcert). Hotelcert viserait à
terme 5 % du parc hôtelier classé, soit moins de 1.000
hôtels, objectif jugé peu ambitieux par beaucoup de
personnes présentes dans la salle.
-
Le fait que le Ministère du Tourisme attende des propositions
concrètes venant des syndicats professionnels pour la modernisation
de l'hôtellerie et pour l'évolution des normes a été
jugé choquant par beaucoup de spectateurs. Si par conséquent
aucune proposition ne se présente, ce qui semble être
le cas, rien ne devrait bouger et les clients d'hôtels devront
encore attendre longtemps avant que l'hôtellerie française
n'évolue. Chacun s'accorde à dire qu'il n'est pas
cohérent de se dire première destination touristique
mondiale et dans un même temps de ne pas se préoccuper
de la situation et de l'état de l'offre hôtelière.
-
Le dramatique parcours du combattant pour bien des investisseurs
hôteliers, qui doivent affronter l'architecte des bâtiments
de France "qui prend son temps", la CDEC qui freine ou
refuse le dossier et différentes administrations, voire des
élus, qui semblent chercher à complexifier à
outrance l'aboutissement de leurs projets.
-
CDEC : il a été dit que c'est un système qui
contrarie le principe même d'une économie libérale
dans laquelle la France se trouve. Il a été ajouté
que bien souvent les membres des CDEC, mais aussi les services instructeurs
qui les conseillent, se montrent incompétents sur les problèmes
liés au marchés hôteliers et touristiques. "Les
décisions sont presque toujours politiques et n'ont aucun
rapport avec la réalité du marché".
Par ailleurs, la démarche est peu qualifiante, dans la mesure
où dans la quasi majorité des cas, les CDEC ne prennent
pas en compte l'état de l'offre hôtelière locale. "On nous dit qu'il y a déjà trop de chambres
hôtelières dans une ville, qu'on ne peut pas en ajouter,
mais on ne sait pas dans quel état de vieillissement sont
ces chambres. Un hôtel qui se crée apporte forcément
un renouveau salutaire".
-
Les efforts entrepris pour revaloriser les conditions de travail
et les salaires du personnel hôtelier, tandis que le constat
de Coach Omnium rappelle que 41 % du personnel est au smic ou
proche de celui-ci, contre seulement 17 % dans l'ensemble des
services.
-
Le manque de formation de bien des nouveaux hôteliers.
-
Le manque voire l'absence de commercialisation par les hôteliers
dont beaucoup attendent encore le client sur le pas de leur porte,
beaucoup refusent de payer des commissions à des intermédiaires
et la plupart accusent les autres et les phénomènes
extérieurs d'être à l'origine de leurs propres
malheurs.
-
L'arrivée massives des fonds d'investissement anglo-saxons
dans les grands groupes hôteliers, avec le risque (déjà
observé) qu'il y ait par ces financiers un rejet du souci
de moderniser le parc hôtelier, au profit d'une recherche
de retour sur investissement à très court terme et
d'une démarche spéculative de revente sous 2 à
3 ans, sans se préoccuper de pérenniser l'offre et
l'entreprise concernée.
-
Le vieillissement du parc des chaînes hôtelières
intégrées, certes moins voyant et moins éprouvé
que celui des indépendants, mais réel quand même.
-
La situation critique, voire catastrophique, des hôtels saisonniers,
qui n'ont de ce fait plus de ressources pour se moderniser.
Philippe Lalonde, consultant
en restauration et formateur, a réalisé avec beaucoup
d'humour et de malice, une synthèse des temps forts de le
rencontre.
Plusieurs
propositions ont été suggérées
par Mark Watkins pour faire évoluer l'hôtellerie,
comme par exemple :
-
la défiscalisation des transmissions d'entreprises hôtelières
sous la condition que les repreneurs s'engagent à les moderniser,
-
remettre les BIC hôteliers en place pour la modernisation
de l'offre et pas nécessairement pour la création
d'hôtels nouveaux,
-
fournir de la formation/information aux hôteliers sur les
connaissances des clientèles et de leurs attentes,
-
subventionner, voire financer, des missions de conseil par des
consultants et des architectes afin de revaloriser les façades et extérieurs
d'hôtels,
-
remettre les normes de classement à jour, notamment pour
les faire correspondre aux attentes de la clientèle,
-
rendre les certifications plus attractives et mieux adaptées
à la clientèle hôtelière et à
ses habitudes de consommation.
Mark
Watkins réclame avec insistance la création d'une "Commission à la modernisation de l'hôtellerie".
Sa vocation est indiquée dans son nom :
- trouver des moyens pour améliorer notre offre hôtelière,
- soutenir au cas par cas les hôtels en perte de rentabilité,
notamment en milieu rural, si leur situation et la légitimité
de leur existence le justifient,
- trouver des aides et des solutions pour moderniser l'offre et
l'adapter aux attentes des clientèles hôtelières,
- réfléchir aux moyens de remettre à jour les
normes hôtelières de classement qui restent (les étoiles)
la première référence pour choisir des hôtels
par les clients (hormis les grandes enseignes les plus connues)
: 2/3 des clients d'hôtels font confiance aux étoiles,
même s'ils reconnaissent qu'elles ne sont ni une garantie
de prix, ni de qualité.
La Commission de modernisation de l'hôtellerie devrait idéalement
pourvoir réunir les représentants de la profession
hôtelière (mais pas forcément limités
aux syndicats), les pouvoirs publics, les collectivités territoriales,
le Géfil et des associations de consommateurs. Mark Watkins
propose de participer activement à l'initiation de cette
commission, qui pourrait comprendre un observatoire de la modernisation
de l'hôtellerie.
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Coach Omnium - septembre ©2005 - Aucune réutilisation
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préalable de Coach Omnium.
Crédit
photos : Jean-Guilhem de Tarlé. |