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Les hôteliers français vivent de plus
en plus difficilement leur métier à cause de conditions
d'exercice qui sont devenues de plus en plus complexes à gérer,
mais aussi de facteurs externes imprévisibles et le plus
souvent négatifs. Il n'est plus possible aujourd'hui
de parler de cycles. Ce phénomène est dépassé en
hôtellerie et dans le tourisme en général.
Si l'offre s'améliore petit à petit grâce à des
programmes de rénovation bien entrepris mais aussi à la
disparition progressive d'établissements très vétustes,
la clientèle hôtelière trouve que de nombreux
efforts de modernisation sont encore à faire par les professionnels.
Ces derniers souffrent globalement, même s'il ne faut jamais
généraliser, de phénomènes structurels
internes mais également exogènes.
PARTIE
1 ) - Les contraintes
externes à la profession :
|
• L'imprévisibilité & la
dépendance
du tourisme : les fameux cycles dont on a si souvent
parlé en hôtellerie n'existent plus. Les hôteliers
comme pour l'ensemble des professionnels du tourisme vivent une
véritable dépendance par rapport à tout
phénomène externe qui finit par influer directement
ou indirectement sur leur activité. Les revirements économiques,
l'insécurité et les attentats, le déséquilibre
monétaire, les nouvelles lois sociales, la chute du moral
des consommateurs ou la baisse de leur niveau de vie, les phénomènes
climatiques, les changements de périodes de vacances et
de grands week-ends,… la moindre modification des conditions
de fonctionnement du marché, y compris parfois à l'autre
bout du monde, peut affecter les hôteliers dans leur activité, à la
hausse et surtout à la baisse. Cela provoque parallèlement
une impossibilité de planifier, qui se mesure par des
mois d'activité hôtelière qui se suivent
sans jamais se ressembler.
•
Des changements d'habitudes de consommer : on
l'observe depuis quelques années maintenant, la clientèle
s'y prend de plus en plus tard pour réserver ses séjours.
C'est également
vrai dans les entreprises quand elles commandent leurs séminaires, mais
aussi — plus surprenant — pour les grands congrès ou conventions.
Par ailleurs, le mode de consommation s'est considérablement "décompartimenté" :
on ne peut plus associer un segment de clientèle à un type ou à une
gamme de produit. Par exemple, la clientèle qui fréquente l'hôtellerie
de luxe, séjourne aussi dans des 3 étoiles, voire occasionnellement
dans des hôtels superéconomiques de chaînes. Le motif de
séjour hôtelier, professionnel ou privé, joue un rôle
dans le choix du type d'hôtel. Les voyageurs "descendent" souvent
d'une catégorie quand ils passent d'un déplacement professionnel à un
déplacement à caractère personnel. Le voyage s'est également
démocratisé, notamment grâce à une facilité d'accès
aux informations par Internet. Du coup, la clientèle qui voyage de plus
en plus, a une forte propension à comparer toutes les prestations et à ne
plus savoir associer un prix au service rendu. Ces multiples habitudes de consommation
perturbent les hôteliers à qui la clientèle exige de plus
en plus de prestations, y compris en se trompant de gammes.
• Les 35 heures : On
ne se rend pas vraiment compte des conséquences négatives
que la mise en place des 35 heures a eu pour l'hôtellerie,
tant on a cru que l'augmentation des loisirs des salariés
allait provoquer une explosion de la demande hôtelière.
Si quelques destinations de courts séjours (week-end) en
ont profité notamment
avec une clientèle plutôt élitiste disposant
d'un bon pouvoir d'achat, la RTT a plutôt créé une
baisse irréversible d'activité pour les hôtels.
Le temps libre ne s'étant pas accompagné de revenus
disponibles supplémentaires, il n'a pas favorisé les
achats touristiques. Cela a même modifié la distribution
de la demande en encourageant des pics d'activité entre
les mardis et les jeudis, seulement. Du coup, la RTT est à la
source de nombreuses frustrations. D'abord chez la clientèle
d'affaires qui a du mal à trouver de la place en milieux
de semaines dans beaucoup d'hôtels, à cause de la
concentration de la demande. Ensuite chez les hébergeurs
qui vivent une perte sèche en tourisme d'affaires qu'ils
ne parviennent souvent pas à compenser avec une clientèle
de loisirs. Le phénomène des 35 heures affecte également
les séminaires que les entreprises veulent plus courts,
moins nombreux et réunissant davantage de participants.
• La chasse aux notes
de frais : il y a
d'un côté les ménages français dont
plusieurs études récentes révèlent
que leurs revenus disponibles ont plus que diminué durant
ces trente dernières années. Il en va de même
dans la plupart des pays européens générateurs
de tourisme en France et même des Etats-Unis, avec de surcroît
un dollar faible face à l'euro. Par ailleurs, la structure
même de notre société aux divorces courants,
aux familles recomposées et donc moins riches, au nombre
grandissant de retraités, d'inactifs et de chômeurs,
aux ménages avec un taux de surendettement record,… correspond à un
toboggan d'appauvrissement généralisé.
De l'autre côté, il y a les entreprises dont l'environnement économique
est plus que trouble, notamment depuis 2001. Les augmentations
considérables actuelles et à venir des prix des matières
premières et des énergies, les hausses des coûts
d'importations, l'inflation des coûts de production ne devraient
pas améliorer ou même geler cette situation avant
longtemps. Pour la clientèle des particuliers, un séjour à l'hôtel
est la plupart du temps onéreux et elle cherche à se
rattraper sur les repas et les autres extras. C'est une des raisons
pour lesquelles seulement 15 % des Français choisissent
l'hôtellerie pour leurs séjours privés, et
ce chiffre a tendance à diminuer d'année en année.
Quant aux entreprises, les séjours hôteliers restent
indispensables lors des déplacements de leurs collaborateurs,
mais les volontés vont dans le sens de la réduction
significative des notes de frais. Réduction de la durée
des séjours, choix d'hôtels moins chers, plafonnement
des dépenses, négociations tarifaires, etc. sont
la réaction des entreprises dans la période actuelle.
En 12 ans, l'hôtellerie a ainsi vu ses clients passer de
46,6 % de moyens et gros utilisateurs (de 1 à plusieurs
nuitées par semaine) en 1993 à seulement 26,6 % en
2005, soit presque moitié moins de gros clients.
• Des
règles
concurrentielles complexes :
la pression concurrentielle due à une baisse ou à une
irrégularité de la demande, la para concurrence,
le dumping tarifaire généralisé et la distribution
par l'Internet ont enlevé de la sérénité aux
hôteliers qui doivent engager de plus en plus de moyens pour
trouver leur clientèle et leur rentabilité.
Si Internet a été une chance pour les hôteliers,
découvrant là un moyen de trouver une clientèle
qu'ils n'auraient jamais pu obtenir autrement (Internet mettant
en valeur de manière égalitaire les prestataires),
le Web, avec ses règles jusque-là inconnues, a littéralement
changé la façon pour le public d'acheter ses voyages
et par conséquent pour les hôteliers de gérer
leurs plannings et surtout leur politique tarifaire.
Quant aux autres formes d'hébergement touristique marchand,
elles ne font que s'accroître en volume et en qualité.
Les chambres d'hôtes n'ont plus rien à envier aux
hôtels en termes de rapport qualité/prestations/prix
et trouvent un public de plus en plus large et fidélisé.
Les résidences de tourisme, qui peuvent être financées
par défiscalisation (tandis qu'elle a été supprimée
en janvier 1996 pour les non-exploitants hôteliers) trouvent également
leur clientèle, notamment dans les centre villes et parmi
la clientèle d'affaires. Ces succès se font souvent
au détriment de l'hôtellerie qui n'a pas su s'adapter.
• Des banquiers incompétents
en hôtellerie
: Par la disparition du Crédit Hôtelier,
la profession est devenue orpheline. Bien sûr, OSEO, filiale
de la BDPME, est supposée remplacer le Crédit Hôtelier
disparu. Mais, la comparaison s'arrête là. Le nombre
de ses interventions dans le secteur est réduit et les
bénéficiaires de ses financements semblent être
des "initiés". De plus, OSEO n'est pas connu
des hôteliers et son accès n'en est que plus difficile.
Quant aux autres banques, rares sont celles qui connaissent l'hôtellerie,
sa problématique et ses besoins. Comment financer des
investissements quand on ne sait pas distinguer quels sont les
besoins justifiés des autres ? Le Crédit Hôtelier,
malgré tous les défauts qu'on lui a attribués, était
une société financière spécialisée
capable de comprendre les hôteliers et de les aider à bon
escient. Du coup, par incompétence dans le secteur, les
banques se détournent de l'hôtellerie et dans tous
les cas font de mauvais partenaires pour les hôteliers.
Avec à la clef une déception assurée pour
tout le monde. Au-delà des sentiments, cela crée
un véritable problème pour la branche qui, faute
de financements, voit le vieillissement de ses hôtels et
leur inadaptation progresser.
• Des conditions
d'exercice défavorables : même
si on ne doit pas comparer l'hôtellerie française à celle
d'autres pays (bien que la clientèle fasse ces comparaisons
en termes de prestations !), il faut reconnaître qu'avec
la Belgique, les hôtels français exercent leur activité sous
un régime économique bien moins favorable pour les
entreprises, y compris hôtelières, que dans la plupart
des autres pays européens — voir tableau ci-après.
La France impose en effet un des plus forts taux de prélèvements
obligatoires aux entreprises et aux particuliers, le coût
de la main d'œuvre y est un des plus élevés
(bloquant les salaires : plus de 45 % du personnel hôtelier
est proche du smic, pourtant la profession bénéficie
d'exonérations de charges), l'immobilier et les coûts
de construction explosent tout comme le coût des produits
consommables (nourriture, produits d'entretien, etc., y compris
des frais de transport avec la hausse du prix du pétrole)
et de la sous-traitance (nettoyage des chambres et linge, contrats
de maintenance, entretien des espaces verts,…).
La législation française sur le travail y est une
des plus rigides ne favorisant pas l'embauche et surtout encourageant
la généralisation des CDD, les charges d'énergie
sont en forte hausse (fuel, gaz — même si l'électricité y
est encore la moins chère d'Europe grâce au nucléaire),
ainsi que le prix de l'eau.
| Des prix de chambres qui s'envolent
depuis le passage à l'euro
: Bien que les hôteliers aient fortement augmenté leurs
prix pour compenser la hausse des charges — soit 24,8
% entre 1998 et 2004 (durant la coupe du monde de football
et surtout depuis le passage à l'euro), contre 11,3
% pour l'ensemble de l'économie française,
selon l'Insee — leurs taux d'occupation en yo-yo, l'influence
d'Internet, la réduction de la durée moyenne
des séjours et le repli de la clientèle d'affaires
et étrangère pour le moyen-haut de gamme, ont
gommé tout le bénéfice des accroissements
tarifaires. Avec de plus le risque — vérifié dans
les études de Coach Omnium — que la clientèle
trouve désormais les hôtels trop chers, y compris
dans le superéconomique. Entre 2001 et 2006, les chaînes
hôtelières intégrées ont augmenté leurs
tarifs de 32 % et même de 37 % dans la gamme 0/1 étoile. |
En 5 ans, l'hôtellerie française
a perdu entre 3 % et 30 %, selon les catégories, de Résultat
Brut d'Exploitation et donc de rentabilité. Par ailleurs,
on constate qu'un hôtelier
français gagne moins à prestation comparable que
ses confrères européens.
• Comparaison
de la rentabilité d'un
hôtel selon quelques
pays européens en fonction des conditions d'exploitations
La projection à titre indicatif ci-après tient compte
des prix moyens affichés pour les chambres, des prix moyens
des services, à taux d'occupations et capacités comparables.
Les charges d'exploitations ont été déduites
en fonction des coûts moyens par pays d'eau-énergie,
de main d'œuvre, de consommables et autres frais. Du Résultat
Brut d'Exploitation, il faut ensuite déduire les loyers, amortissements,
frais financiers pour obtenir le Résultat net avant impôts,
non calculable dans cet exemple.
Hôtel de type 2* tourisme de 25
chambres, sans restaurant, avec 50 % de taux d'occupation
En milliers d'euros |
F |
SP |
I |
G-B |
D |
NL |
G |
RECETTES ANNUELLES, hors
taxes |
330 |
272 |
335 |
285 |
355 |
302 |
352 |
R.B.E. |
92 |
109 |
130 |
103 |
124 |
97 |
193 |
% R.B.E. sur C.A. |
28 % |
40
% |
39
% |
36
% |
35
% |
32
% |
55
% |
RBE =
Résultat Brut d’Exploitation Traitement
par Coach Omnium
PARTIE 2 ) -
Problématique interne à la profession hôtelière
:
|
• Trop de petits hôtels
(sur le plan économique)
: le parc hôtelier se compose de structures plutôt
trop petites, même si la clientèle peut apprécier
les hôtels à taille humaine et que cela représente
un atout sur le plan marketing. Pour autant, il n'en va pas de
même sur le plan économique. Il est prouvé qu'il
est difficile de rentabiliser une affaire hôtelière
de moins de 40 à 45 chambres en moyenne, selon la gamme
(environ 55 à 60 chambres en catégorie dite superéconomique).
Au contraire, plus un hôtel est grand, plus il peut traiter
de segments de clientèle complémentaires ; par ailleurs,
il lui est également plus facile d'amortir ses frais fixes
qui forment l'essentiel des charges d'un hôtel (80 à 90
%). Certes, les petits hôtels forment souvent une offre de
charme, mais cela n'est pas systématique, loin s'en faut
! Si la clientèle peut aimer ce genre d'établissement,
leur modèle économique est contestable.
Par ailleurs, les hôtels sont majoritairement des micro entreprises
: 90 % ont moins de 10 salariés et les 2/3 environ proposent
de la restauration. Ce qui signifie que l'entrepreneur est dans la
plupart des cas un membre du personnel. Il est pris par un quotidien
intensif et ne dispose pas, faute de temps, du recul nécessaire
pour anticiper dans ses affaires.
• Une insuffisance
de fonds propres et un financement complexe : la faible
capacité moyenne
des hôtels
français, une activité imprévisible en dents
de scie qui s'érode et une tendance à raisonner sur
le court terme font que les exploitations ne disposent pas de fonds
propres en suffisance. Les hôteliers sont dans une incapacité de
prévoir leurs besoins en financements (rénovations,
modernisation de l'offre, etc.). Dans un même temps, la plupart
des sociétés financières et banques demandent
au moins 40 % d'apports pour accéder aux crédits,
y compris pour effectuer des rénovations de l'outil de travail
ou de l'offre à la clientèle. C'est d'autant plus
frustrant que les taux d'intérêts des crédits
sont actuellement encore bas. La fragilité financière
est par conséquent de mise, alourdie par une contribution
ou un soutien désormais frileux de la part des banques en
cours d'activité, qui n'hésitent pas à couper
les autorisations de découverts à la moindre alerte.
Du coup, beaucoup d'hôteliers et propriétaires d'hôtels — faute
d'autofinancement ou d'accès au crédit — abandonnent
ou minimisent tout engagement de modernisation de leur établissement.
Quand on sait qu'un hôtel devrait être rénové dans
ses revêtements et son mobilier au moins tous les 7 ans, voire
5 ans pour les unités qui reçoivent beaucoup de clients
en groupes, et que l'amortissement initial d'un hôtel ne s'envisage
pas avant 10 à 12 ans, on comprend où se trouve le
risque de vieillissement de l'hôtellerie française.
Enfin, pour les chanceux qui ont pu obtenir des crédits à l'équipement,
l'irrégularité et l'imprévisibilité de
l'activité en font dans beaucoup de cas des surendettés.
Il existe dans beaucoup de régions des aides et subventions à la
modernisation de l'hôtellerie, réservées d'ailleurs
en priorité aux indépendants (les chaînes intégrées,
y compris leurs franchisés qui sont pourtant des indépendants également,
en sont exclus). Mais l'accès à ces aides est très
complexe et la plupart des professionnels non conseillés ne
savent pas en bénéficier — voire ne savent pas
qu'elles existent. Par ailleurs, ces aides sont plafonnées
dans le meilleur des cas à 25 % de l'investissement, mais
plus couramment à environ 20 %, et le propriétaire
n'a bien souvent pas les moyens de réunir les 3/4 de ses besoins
restants.
• Un patent retard
de modernité : par
rapport à l'évolution de l'immobilier de bureau, mais
aussi au confort de l'habitat et même au design automobile,
l'hôtellerie a pris un grand retard de modernité. Les
appréciations générales sur l'hôtellerie
française par sa clientèle vont dans ce sens : 41,9
% des voyageurs dénoncent ce retard de modernité. Il
ne s'agit pas seulement d'esthétique et de mode décorative,
il s'agit plus profondément de critiques sur le vieillissement
des équipements, sur les matières utilisées,
sur le confort acoustique, sur les éclairages, sur les aménagements,… la
liste est longue.
Dans la plupart des cas de rénovations, les exploitants se
contentent de renouveler les revêtements et plus rarement le
mobilier, sans tenir forcément compte du plaisir, de l'ergonomie
et du confort du client. Les rénovations ne sont pas les seules
concernées. Les créations d'hôtels bénéficient
parfois de choix techniques plus aboutis, mais là encore l'offre
se résume à du déjà vu et revu. L'hôtellerie
a un triple problème :
- Un phénomène de non renouvellement de l'offre,
qui se situe selon une modélisation établie et immuable
de la chambre, des couloirs d'étages et des lobbies,
- Un phénomène de mimétisme où les
uns, même les architectes, recopient les autres, y compris
dans leurs erreurs,
- Un manque patent d'innovation, d'originalité, de valeur
ajoutée et de volonté de créer, hormis parfois
dans la seule décoration.
Il faut se plonger dans les hôtels de luxe pour découvrir
parfois des traces d'inventivité et se réconcilier
avec la prestation hôtelière.
| La chambre d'hôtel, un
sanctuaire : Il
faut comprendre que comme pour sa voiture, le client d'hôtel
voit indirectement en sa chambre d'hôtel un prolongement
de son domicile. Elle est pour lui un véritable sanctuaire,
un lieu protégé et intime une fois qu'il y pose
ses valises. Personne ne doit pouvoir y pénétrer
et aucune pollution non plus. Tout ce qui nuit à la qualité de
son séjour (bruits des voisins ou du personnel, saleté, équipement
qui ne fonctionne pas, mobilier non ergonomique, manque d'eau
chaude,…) est vécu par lui comme une véritable
agression ou un manque de considération, pour lesquelles
il saura tenir rigueur, voire rancune à l'hôtelier
qui lui a infligé même involontaire ces désagréments.
Une chambre d'hôtel mal pensée, mal conçue
et mal entretenue est considérée comme pire qu'une
faute professionnelle par les consommateurs : c'est un acte de
malveillance. Les hôteliers ont rarement conscience de
cette situation qui prend de plus en plus d'importance. |
L'hôtellerie, ni du côté des indépendants,
ni du côté des chaînes, ne bénéficie
pas des fruits d'une grande créativité ou d'une recherche
poussée sur l'évolution du produit. Le design est plutôt
fonctionnel — mais pas toujours — et beaucoup d'éléments
basiques de la chambre d'hôtel sont sous valorisés,
apportant ainsi une frustration chez les clients.
Les hôteliers raisonnent en termes de "fonctions",
mais pas strictement en termes de qualité et d'adaptation à la
clientèle. Ils revendiquent qu'il ne faut pas comparer leurs
hôtels avec ceux des autres pays, tant ils sont persuadés
offrir un bon rapport prestation/prix. Mais le retard de modernité dont
nous parlons se juge par rapport à ce que les voyageurs ont
l'habitude de trouver ici et là et qui est à présent
nettement plus pauvre dans les hôtels (que les clients ont
pourtant le sentiment de payer au prix fort).
Ainsi trouve-t-on encore régulièrement des téléviseurs à petit écran
et bas de gamme, nichés sur des potences (comme à l'hôpital)
alors que la plupart des clients d'hôtels, y compris dans les
classes populaires possèdent des grands modèles, à écran
plat. Les programmes télévisuels de la plupart des
hôtels sont pauvres en nombres de chaînes et en qualité,
tandis que près d'un 1/3 des Français ont chez eux
le câble ou le satellite.
On rencontre dans beaucoup d'hôtels français — rien
qu'en parlant de la chambre — une robinetterie vieillotte,
des meubles anguleux en formica, des moquettes dont les clients ne
veulent plus à cause des acariens et du souci d'hygiène,
un éclairage dégradant, des systèmes d'occultation
inefficaces, une insonorisation peu performante (le bruit est le
premier motif de plainte des clients), une literie "approximative",
des espaces de rangement trop petits, un système de chauffage
impossible à régler, des décorations affligeantes,
un équipement électrique d'un autre âge,…
En résumé, la plupart des voyageurs trouvent
que l'hôtellerie, y compris dans beaucoup de chaînes,
offre moins bien en confort et en équipement que ce qu'ils
ont chez eux. L'offre ne correspond plus à l'évolution
qualitative de la demande. L'appauvrissement tant du produit hôtelier
que du service est marquant. Pour "re"séduire
la clientèle, les hôteliers doivent trouver de nouvelles
idées et "gadgetiser" leur produit dans le bon
sens du terme. Encore faut-il pouvoir réunir les fonds pour
y parvenir.
Pour terminer, le retard de modernité ne se situe pas uniquement
dans la prestation fournie au client, on le retrouve également
dans l'outil de travail. Selon l'Insee, si 97 % des commerces et
des services de plus de 10 salariés sont équipés
en micro-ordinateurs, parmi les branches les plus en retrait se situe
celle des hôtels avec seulement 64 % d'entreprises équipées.
• Au
final, le plus important dans un hôtel en général
pour les clients d'hôtels — plusieurs réponses
possibles
|
En
voyage professionnel
|
En
voyage privé
|
Le confort de la chambre
|
41 % |
41,4 % |
La propreté
|
40,3 % |
49 % |
La qualité de la restauration
|
32,6 % |
16,3 % |
Le calme, le respect du silence
|
26,6 % |
19,8 % |
L'accueil
|
24,5 % |
45,6 % |
La qualité du petit-déjeuner
|
21,7 % |
17,2 % |
La qualité de la literie
|
19 % |
23,6 % |
Internet
|
10,5 % |
— |
La salle de bains
|
2,5 % |
7,4 % |
Source Coach Omnium
• Les principaux reproches réguliers faits
par les clients d'hôtels sur les chambres d'hôtels
en France — plusieurs
réponses possibles
|
|
En voyage privé
|
Bruits, nuisances sonores internes,
manque d'isolation phonique
|
44,5 % |
Odeurs désagréables
(tabac, produits d'entretien, renfermé, moisi)
|
12,6 % |
Manque de propreté/hygiène
|
10,1 % |
Manque d'espace (locaux et
lits)
|
7,6 % |
Vétusté du mobilier,
des équipements
|
6,7 % |
Dysfonctionnements dans les
installations
|
5,6 % |
Décoration de mauvais
goût ou trop standardisée
|
5 % |
Température ambiante
mal adaptée ou non réglable
|
4,7 % |
Température de l'eau
(trop froide)
|
3,7 % |
Literie de mauvaise qualité
|
2,5 % |
Source Coach
Omnium
Le niveau d'équipement
des ménages crée de nouvelles exigences des clients
auprès des hôteliers
Les ménages français
se sont largement équipés, même si leurs
revenus disponibles se sont nettement dégradés
depuis ces dernières années.
En 2005, 75 % des Français possèdent un téléphone
portable (contre 69 % en 2004), 45 % des ménages possèdent
un micro ordinateur chez eux, dont 31 % ont un accès
sur Internet. Le home cinéma fait une percée
spectaculaire (190.000 unités vendues en 2002 et 450.000
en 2005, sans compter les explosions de vente lors de la Coupe
du monde de Football en 2006) grâce à un enrichissement
de l'offre et à une sensible baisse des prix. Il en
va de même et pour les mêmes raisons des téléviseurs à écran
plasma et LCD (cristaux liquides). 80,7 % des foyers français
possèdent une voiture, 94,8 % ont au moins un téléviseur
couleur (dont 76 % dépassent les 56 cm d'écran).
Face à ce modernisme, les hôteliers rencontrent
des difficultés principalement budgétaires d’une
part, car les investissements sont lourds et d’autre
part, techniques, notamment dans le choix des normes qui restent
complexes et diverses.
Sources Insee et divers |
• Un manque évident
d'entretien : il
n'y a pas que les problèmes de ménage que dénoncent
la clientèle. Dans une majorité d'hôtels français,
passés 3 ans, le manque d'entretien des revêtements,
des mobiliers, des équipements est parfaitement visible. Il
n'existe pas en France de culture du détail comme dans l'hôtellerie
au Japon, aux Etats-Unis et en Suisse. Des traces de frottement chaussures
et de valises sur des portes peuvent y rester durant des années.
Nos hôtels regorgent de détails régulièrement
constatés et qui choquent :
- des morceaux de revêtements de meubles arrachés (arêtes
de plan de travail, de porte-bagage,…),
- des rideaux en partie décrochés,
- des abats-jour de lampes, couvertures de lits et moquettes tachées
(de longue date),
- des ampoules ou régulateurs de température HS,
- des chaînes de télévision mal captées,
- des radios ou musique d'ambiance qui grésillent,
- des cintres cassés,
- des vitres fendues,
- des odeurs de remontées de wc,
- des traces d'humidité (salpêtre, moisissure) sur les
murs, les joints de baignoire et les rideaux de douche, faute de
ventilation correcte,
- des boissons du minibar vidées et remplacées par
de l'eau par un client précédent, etc. Bref, faute
d'attention, de moyens en personnel ou de formation, les hôteliers
gâchent bien souvent leur prestation par des négligences
que leur clientèle ne leur pardonne que difficilement. Il
faut dire que lorsqu'une femme de chambre, même avec une bonne
formation, ne dispose que de 15 à 20 minutes pour nettoyer
une chambre, il est difficile d'attendre d'elle qu'elle restitue
un espace impeccable en propreté.
• Une gestion au jour
le jour : happés
par leur quotidien très prenant et par l'impossibilité de
réellement prévoir leur activité, les hôteliers
vivent au jour le jour, sans anticiper, sans organiser réellement
leurs lendemains, sans prévoir. Il s'agit là d'un lourd
handicap qui joue tant sur les besoins d'entretien en profondeur
de leur patrimoine que de leur trésorerie qui les lâche
par absence de provisions.
• Insuffisamment de
rénovations lourdes : les
hôtels les plus structurés et bien gérés
provisionnent environ 5 % de leur chiffre d'affaires en prévision
de leurs futures rénovations légères. Mais la
plupart des hôteliers, faute de prévision, de moyens
ou de prise de conscience n'ont pas adopté cette démarche.
Par ailleurs, on peut en être surpris, beaucoup de professionnels
ne comprennent pas l'intérêt de rénover régulièrement
leur hôtel, alors que c'est simplement un moyen de garder sa
clientèle. En conséquence, les rénovations qui
devraient se faire tous les 5 ans en moyenne, ne se font pas et on
assiste à une détérioration très visible
des établissements. Un phénomène qui se généralise
d'autant plus fortement qu'il existe un grand nombre d'hôteliers,
arrivés à l'âge de la retraite, qui souhaitent
vendre leur affaire. En attendant un acheteur éventuel — qui
le plus souvent tarde à se présenter —, ils ont
abandonné tout effort d'entretien de leur établissement.
• Une prise en compte
insuffisante des clients par les hôteliers : est-ce
que les hôteliers pensent
suffisamment à leurs clients quand ils créent des
services ou conçoivent leur produit ? A croire les voyageurs
qui s'expriment sur le sujet, on serait en proie aux doutes. Les
exemples ne manquent pas pour illustrer les choix des hôteliers
imposés à leurs clients et qui ne satisfont pas toujours
ces derniers :
- les petits téléviseurs des chambres sur potence (déjà évoqués)
ne correspondent pas à ce que les clients aiment.
- les rideaux de douches sont jugés antihygiéniques,
tout comme la moquette.
- les baignoires sont considérées par les hôteliers
comme des gages de standing tandis que seulement 15 % des clients
veulent prendre des bains lors de leurs séjours. Et la baignoire
est mal conçue voire dangereuse pour prendre des douches.
- les produits d'accueil des chambres rappellent de vulgaires liquides
pour la vaisselle. De plus, ils sont parfois difficiles à ouvrir
sous la douche.
- les lits deviennent trop petits en largeur et même en longueur
(sachant que les hommes ont considérablement grandi en 30
ans).
- les cintres antivol sont peu pratiques à manipuler dans
des penderies souvent mal éclairées.
- des horaires de petit-déjeuner ou de dîner (ou d'ouverture
de la réception) ne correspondent pas aux modes de vie des
voyageurs.
- beaucoup des nouveaux hôtels aux façades de verre,
de béton et d'acier qui ressemblent de l'extérieur
plus à des immeubles de bureaux, voire des hangars, qu'à des
lieux de séjours.
- des parkings sont en insuffisance ou mal éclairés
la nuit.
- des programmes de fidélisation, y compris des chaînes
hôtelières, qui sont de véritables usines à gaz
incompréhensibles et donc peu motivants.
- des serviettes en nombre insuffisants dans les salles de bains.
- des façades d'hôtels qui sont laissés à l'abandon,
sans soin, et qui ne donnent pas envie de s'arrêter et d'y
choisir une chambre…
La liste des choix hôteliers d'équipement et de confort,
qui favorisent avant tout les intérêts des exploitants
plutôt que ceux de leurs clients, ne manquent pas et désignent
les professionnels comme étant peu à l'écoute
de leurs clientèles.
• Méconnaissance
du marché & de ses
mécanismes : toutes les études que réalise
Coach Omnium sur le secteur confirment que la grande majorité des
hôteliers méconnaissent les règles, les fonctionnements
et les mécanismes du marché hôtelier. Dans
beaucoup de cas, les attentes et les besoins de la clientèle
ne sont pas connus et sont donc peu pris en compte. Comment commercialiser
son établissement, comment le mettre sur le marché,
comment cibler et recruter telle ou telle cible de clientèle,
comment s'imposer face à la concurrence sont beaucoup de
questions qui ne trouvent pas de réponses, par méconnaissance
et manque de formation adaptée. Il faut dire à leur
décharge que si les hôteliers ne maîtrisent
pas toutes les subtilités du marketing hôtelier et
ignorent bien souvent comment fonctionne le marché, cela
s'explique surtout parce qu'ils ont "le nez dans le guidon" et
ne parviennent pas à prendre du recul.
• Un grand conservatisme
: le tourisme en
général et l'hôtellerie en particulier sont conduits
par des professionnels souvent motivés, mobilisés et
qui font un travail très dur. Même si une généralisation
n'est pas raisonnable, la profession subit un traditionalisme frileux
et un conservatisme très ancré. Le métier reproduit
depuis des générations les mêmes façons
de penser, de voir sa prestation, de voir ses clients. Du coup, le
retard de modernité — y compris dans les esprits — est
patent. Le personnel a tendance à être toujours traité de
la même manière qu'il y a des décennies, les
smicards ou assimilés sont légion. La recherche pour
faire progresser le produit n'existe pas et l'on modélise
toujours le même type de chambres depuis trop longtemps.
Le travail se fait toujours de la même manière sans
se remettre en question. Cette situation, contre toute attente, existe
aussi dans les chaînes hôtelières et parfois chez
les jeunes professionnels. Cela fait glisser petit à petit
le secteur en marge du progrès social et économique,
avec pour conséquence une paupérisation de l'offre
et un manque de rentabilisation des entreprises.
• La difficulté de
trouver du personnel : un
des maux de cette période pour les hôteliers est leur
difficulté à trouver mais aussi à garder leur
personnel. Le turn-over est mirobolant. C'est encore plus vrai en
restauration. La jeune génération actuelle n'est plus
attirée par cette profession devenue trop marginale ou en
tout cas pas assez conventionnelle par ses horaires de travail, la
faiblesse des salaires proposés, ses journées de repos
décalées et dans l'ensemble par la dégradation
de son image vis-à-vis du public. Il s'en suit une perte évidente
d'énergie de la part des professionnels à toujours
devoir rechercher du personnel et une dilution de la productivité potentielle.
Les bas salaires nuisent à la
compétitivité de
l'hôtellerie-restauration, ainsi 24 % des clients d'hôtels
et 38 % des clients de restaurants se plaignent de l'incompétence
du personnel, d'un accueil désagréable ou encore d'un
accueil impersonnel, selon les études de Coach Omnium. Il
faut ajouter que champion du nombre de smicards (près de 45
% des effectifs salariés sont proches du Smic — contre
près
de 17 % dans l'ensemble des services — et près de 65
% gagnent moins que 120 % du Smic), l'hôtellerie emploie une
proportion très faible de cadres sur presque 180.000 salariés :
seulement 8 % contre 19 % dans l'ensemble des services. Bien sûr,
avec 170.000 emplois salariés, le seul secteur hôtelier était
malgré tout à la
pointe de la création d'emplois (+ 4,5 % entre 1999 et 2001),
ce qui n'est plus le cas depuis 5 ans, contrairement à la
restauration pure.
• Une image floue et
peu intelligible : à vouloir
trouver légitimement une compensation ou une réponse à l'impact
commercial des chaînes hôtelières, les indépendants
souvent aidés par les CDT et les CCI, ont créé des
labels dans tous les coins de France, sans homogénéisation
entre eux. On peut en dénombrer au moins près de 150
qui concernent de près ou de loin l'hôtellerie, sans
compter les classements internes des chaînes hôtelières
(Balladins, B&B, Mercure, mais aussi Relais & Châteaux,
Logis de France, Châteaux & Hôtels de France,…).
Le nouveau label "Qualité Tourisme" est supposé à terme
supplanter les labels hôteliers ; mais l'exercice s'avèrera
difficile car ce plan n'est pas crédibilisé par son
contenu et par les moyens qui y sont associés, et surtout
il se trouve trop éloigné de la réalité du
terrain. Les hôteliers ont plus à cœur de vivre
avec un label localisé qui a été forgé selon
leurs propres souhaits, que de se voir imposer des contraintes venues
d'ailleurs.
Si la labellisation est une démarche louable, la clientèle
ne s'y retrouve pas. Le simple fait d'apposer un panonceau "label" sur
le fronton d'un hôtel ne dit pas ce qu'il est censé promettre
comme garanties. Par ailleurs, la plupart des labels correspondent
davantage dans leur contenu à ce que les hôteliers veulent
bien donner, pas à ce que les clients aimeraient trouver dans
les hôtels comme qualité de produits et de prestations.
Enfin, l'autre problème des labels est qu'il ne bénéficient
que rarement d'une promotion musclée, faute de moyens. Ils
ne sont donc quasiment jamais connus par la clientèle. En
résumé, les labels brouillent davantage l'image de
l'hôtellerie française qu'ils ne lui rendent le service
attendu.
• Trop d'indépendants
isolés
: près de 60 % des hôteliers classés
sont seuls, sans adhérer et participer à un réseau
commercial comme une chaîne intégrée ou volontaire.
Certains parviennent à s'en sortir malgré cela, mais
le sort malheureux de beaucoup d'exploitants est lié aussi à leur
isolement dans un univers où la clientèle qui accepte
de voyager grâce à une forte démocratisation
des déplacements, a de plus en plus besoin d'être
rassurée par des marques. Si un certain nombre d'hôteliers
indépendants optent pour la solitude commerciale par choix
délibéré, considérant qu'ils peuvent
très bien évoluer ainsi, les autres sont simplement
bloqués par des préjugés à l'encontre
des chaînes quelles qu'elles soient. Seulement 16 % des indépendants
isolés pourraient envisager de s'affilier.
• 3 hôteliers indépendants sur 10 expriment
un avis plutôt défavorable envers les réseaux,
aussi bien volontaires qu'intégrés. Comme premier élément
de justification de cette opinion négative on trouve la concurrence
perçue par les indépendants comme déloyale et
désavantageuse pour leurs établissements. Il y a chez
beaucoup de ces perplexes des personnes qui ont des préjugés
sur l'univers des chaînes ou alimentent une jalousie ou plus
simplement un complexe.
A noter que quand on parle de "chaînes", les hôteliers
indépendants pensent surtout aux réseaux intégrés
et aux groupes hôteliers. Les chaînes volontaires sont
davantage assimilées à des regroupements d'indépendants
et ne sont donc pas forcément associées aux chaînes
intégrées.
On peut nettement observer que le premier frein des indépendants à l'affiliation à un
réseau est avant tout la crainte d'une perte d'indépendance,
justement. Le fait qu'ils n'y voient pas d'intérêt n'est
pas réellement un frein, plutôt une manière bien
particulière de voir les choses en fonction de leur situation. "Tant
que nous n’aurons pas une grosse baisse du CA, nous n’avons
pas de raison d’adhérer, c’est le CA qui décide.
Tant que j’arrive à m’en sortir seul, je garde
mon indépendance totale." "Nous avons notre clientèle,
notre réseau de commercialisation, je ne vois pas ce qu’une
chaîne pourrait m’apporter de plus." Ceux-là ne
sont pas spécialement contre les chaînes, d'ailleurs
67,2 % d'entre eux répondent qu'ils y étaient indifférents
ou favorables.
Le principal obstacle à l'affiliation à un réseau
hôtelier est bien le souci de garder son indépendance.
Mais pas seulement. 4 hôteliers sur 10 parmi ceux qui l'ont
cités, ont un avis défavorable sur les chaînes. "On
marche bien sans être affilié, on a une clientèle
individuelle, et on préfère être indépendant,
pour ne pas subir de contraintes. Dans les chaînes, on ne peut
pas travailler librement, il n’y a pas de proximité avec
le client, c’est plus impersonnel. Nous on travaille avec des
clients fidèles. On n’a pas envie qu’on nous dise
comment on doit faire notre travail." La plupart sont inquiets
face à l'ingérence dont pourrait faire preuve la chaîne
dans leur affaire, selon leurs craintes. "Il y a déjà des établissements
de chaînes volontaires sur la ville. Dans les hôtels
de chaînes (intégrées), les directeurs d’hôtels
sont plus des gestionnaires et des commerciaux que des hôteliers.
Nous on préfère se concentrer sur l’accueil de
nos clients."
Parmi les réponses « autres »,
on retrouve des griefs particuliers contre les chaînes, tels
que le manque de transparence, une politique trop agressive, etc..
Mais pour la plupart, ce sont des hôteliers bientôt à la
retraite, qui ont mis l'hôtel en vente ou qui sont saisonniers.
Il y a aussi des hôteliers qui savent être trop atypiques
pour intéresser une chaîne.
Cette longue litanie, non exhaustive, sur les faiblesses de l'hôtellerie
et de ses opérateurs, souvent dénoncées par
la clientèle que Coach Omnium interviewe toute l'année,
ne doit pas être prise pour un jugement agressif et négatif — même
si cela en a pris la forme — mais plutôt comme un appel
pour que la profession bouge et retrouve une vie vitaminée
et bienheureuse. Ces éléments à forte influence
perturbent la marche du secteur hôtelier qui sans être
totalement critique, laisse des blessés voire des morts sur
le bord de la route. Les meilleurs s'en sortent bien sûr mieux
que les autres, mais au prix d'énormes efforts que l'hôtellerie
n'avait pas eu à faire depuis plusieurs décennies.
• Alors, que faire
?
Face à une situation de l'offre
hôtelière française
qui est alarmante, nous n'avons pas de solutions toutes trouvées.
Cela se saurait. La création du Comité pour
la Modernisation de l'Hôtellerie Française nous
a paru un moyen pertinent pour travailler sur une recherche de solutions
pour permettre à l'hôtellerie
de se moderniser et surtout d'adapter son offre aux attentes de la
clientèle
hôtelière.
Il est probable que les pouvoirs publics devront faire des propositions,
si celles-ci ne viennent pas des représentants de la profession
hôtelière. Parmi les pistes possibles :
- Moderniser
les normes hôtelières serait un commencement, pour les adapter aux attentes de la clientèle
(et non seulement à celles des professionnels).
- Réintroduire les BIC
hôteliers (la défiscalisation, supprimée en janvier
1996) pour trouver des fonds privés qui puissent aider à la
rénovation/modernisation des hôtels (et non à la
création de nouveaux hôtels). La demande d'investir
en hôtellerie est forte à condition qu'il y ait un avantage
fiscal.
- Refonder
le "Crédit
Hôtelier", une banque et société financière vouée à l'hôtellerie
et qui connaîtrait parfaitement le secteur et sa problématique
pour soutenir financièrement la profession avec efficacité.
- Généraliser
les subventions et les aides (qui existent dans certaines
régions),
avec un ciblage des bénéficiaires prioritaires (hôtels
indépendants et franchisés, hôtels en milieu
rural et dans des sites à valoriser, etc.) et des conditions
d'attributions et de sélection des bénéficiaires, mais
avec une priorité à la
modernisation de l'offre.
- Favoriser
fiscalement la transmission des entreprises hôtelières, sous la condition que les
repreneurs s'engagent à réaliser des opérations
planifiées de rénovations et de valorisation des hôtels.
- Co-financer
des prestations de conseil par des architectes et consultants spécialisés
afin que les rénovations ne se limitent pas à une simple
remise en peinture ou des actes "cosmétiques", mais
qu'un travail de fond accompagné soit mené pour qualifier
la modernisation, et la rendre gratifiante et conforme aux attentes
des clients. La modernisation devrait également concerner
les façades d'hôtels qui sont souvent dévalorisées
et peu accueillantes.
- Rendre les opérations
de certification plus attractives pour les hôteliers et les
adapter réellement aux attentes de la clientèle.
- Suggérer la
spécialisation
des hôtels avec des aménagements, équipements
et un design adaptés à des cibles spécifiques.
- Favoriser
les regroupements de deux ou trois petits hôtels en un seul,
pour peser plus fort, atteindre un seuil de rentabilité et
réaliser
des économies de charges. Cependant, cela suppose que des
hôteliers acceptent ces unions et puissent concevoir de travailler
ensemble sous un même toit.
- Proposer des formations aux
hôteliers pour mieux connaître et comprendre la clientèle
hôtelière.
Ces questions seront largement débattues
en collaboration avec le Comité de Modernisation de l'Hôtellerie
Française. |