Si la TVA sur la restauration baisse
Un débat où restaurateurs et clients sont oubliés


Les débats sur la baisse de la TVA en restauration deviennent pesants, très pesants. A t'on déjà connu des sujets fiscaux ayant tant traîné en longueur sur des années avant qu'une décision claire et nette soit prise ? En regardant les faits, on nage entre déterminisme opportuniste des uns et laxisme des autres, entre naïveté et stratégie, entre espoir et désespoir… Et puis, comme dans un improbable roman d'aventure, il y a des rebondissements, des mini coups de théâtre : Bruxelles veut bien regarder de près le dossier, des Etats membres s'y opposent, Bruxelles met le dossier de côté, le gouvernement fait le forcing, Bruxelles le contre, etc. L'observateur au début retient son souffle puis le relâche. Il devient perplexe et las. Il est baladé de déclarations corporatistes tonitruantes en annonces de victoire largement anticipée, d'allocutions revendicatives en menaces vindicatives. Du côté des restaurateurs, on leur a mis l'eau à la bouche en leur donnant l'impression qu'une baisse de la TVA allait être pour eux un fameux jackpot qui résoudrait ainsi tous leurs problèmes. En réalité, ce sont les grands oubliés de cette bataille qui se déroule à leur insu entre lobbyistes bien payés, syndicalistes patronaux et gouvernement. Mais encore plus oubliés sont les consommateurs, à qui on n'a pas demandé leur avis (sauf Coach Omnium). Pourtant, baisser la TVA les concerne — en principe — en premier, puisque c'est une taxe sur la consommation.


Au-delà du débat et du paradigme, sous le prétexte de vouloir rendre compte à l'opinion et aux pouvoirs publics de la situation économique difficile de la profession de restaurateur, ce sujet de la TVA a occulté la nécessité de mesures plus adaptées dont auraient besoin les exploitants. Réduire les charges sociales, obtenir des aides spécifiques à l'emploi, diminuer les taxes sur les investissements, revaloriser la profession auprès des jeunes, mais aussi du public, sont des priorités autrement plus importantes dans un métier où tout le monde, des patrons aux employés, gagne moins bien sa vie qu'il y a quelques années encore. Si le sujet de la baisse de la TVA se veut fédérateur, dans les faits il ne l'est pas du tout ! Les enquêtes de Coach Omnium sont là pour le confirmer : si la TVA en restauration devait baisser, les restaurateurs dans leur grande majorité n'ont aucunement l'intention de suivre les recommandations de leurs instances professionnelles. Les discours entre le gouvernement, les syndicats et les professionnels sont en totale incohérence et en opposition.


En finalité, si la TVA en restauration devait baisser (ce qui semble très improbable), le consommateur — celui qui nourrit la profession qui le nourrit —, n'aura droit à aucune compensation puisque pour lui, les prix ne seront globalement pas diminués. S'il obtient un meilleur service ce sera le bout du monde, mais il ne s'agirait pour lui que de se voir réattribuer quelque chose qui lui semblait avoir disparu du paysage : du personnel compétent, motivé et disponible. Sans plus. Quant aux restaurateurs, ils savent que leurs clients ne seront ni enclins à fréquenter davantage leur établissement, ni désireux de dépenser plus, ni compréhensifs dans la non répercussion de la réduction fiscale sur les tarifs. Enfin, du côté de l'Etat, on sait que la baisse de la TVA en restauration ne produira ni une création significative d'emplois supplémentaires, ni des augmentations significatives de salaires, ni une hausse des chiffres d'affaires des restaurants qui aurait pu compenser en partie le cadeau fiscal. Dans ce débat sur la TVA qui doit-on fustiger ? Tout le monde et personne. Les professionnels font leur travail en demandant une baisse de la fiscalité et en voulant également que s'annihile l'injustice entre la TVA sur les ventes à emporter et les ventes sur place. Bruxelles semble défendre l'intérêt de l'Etat français donc de la communauté européenne. Les syndicats professionnels paraissent soutenir l'intérêt de la profession. Mais n'est-on pas allé trop loin, où les intérêts privés cherchent à contrecarrer l'intérêt collectif, où le corporatisme minoritaire veut faire force de loi, où l'on choisit le thème de la TVA alors qu'il y a de nombreux autres sujets autrement plus urgents à traiter pour améliorer le sort de la profession. Il serait temps de penser aux 4,8 millions de personnes que nos restaurateurs servent en moyenne tous les jours. N'ont-ils pas droit à un geste, eux qui ne verront jamais la couleur de la baisse de la TVA, si elle a lieu.

Mark Watkins

Lire les résultats d'enquêtes par Coach Omnium :

Les restaurateurs et la TVA
Les clients de la restauration et la baisse de la TVA

 

 

       
Presse
c