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Extrait du livre de Mark Watkins : "Restaurateurs, hôteliers, si vous saviez ce que vos clients pensent de vous "
"Sil est un domaine dans lequel les restaurateurs et les hôteliers sont le plus mal à laise, cest celui de la commercialisation et du marketing. Dailleurs, la signification du mot marketing échappe à la plupart des professionnels, qui le confondent avec promotion ou publicité. Il faut dire, à leur décharge, que lobligation de rechercher le client est un souci relativement nouveau. Il ny a pas si longtemps, quand on était bien placé, avec des prix " normaux " et que lon fournissait tant bien que mal une bonne prestation, les clients poussaient la porte tout seuls. Cest encore vrai parfois, mais de moins en moins fréquemment. Aujourdhui, la promotion, la publicité, les relations presse, le marketing direct sont entrés par la grande porte dans le secteur. Pourtant, les investissements publicitaires sont loin dégaler ceux dautres corporations. Mais cela progresse doucement. La commercialisation pose souvent un problème de compétence. Les professionnels répugnent à sortir de leur établissement, par manque de temps sûrement, mais surtout par manque dassurance, pour aller vers les clients potentiels. Rencontrer les décideurs et prescripteurs (secrétaires et assistantes de direction) dans les entreprises, se faire connaître auprès des autocaristes, participer à des salons professionnels (pour les hôteliers), envoyer des mailings aux organisateurs de séminaires, etc sont le lot de lhôtelier et du restaurateur qui se lancent dans la commercialisation. Mais, cest rarement fait. Parfois, les hôteliers " timides " emploient les services dune des rares sociétés de commercialisation spécialisées. Mais, bien souvent ils neffectuent pas de suivi après les visites de prospection des attachés commerciaux employés ponctuellement, ce qui est un coup dépée dans leau.
Les dépliants des hôtels sont rarement séduisants, et présentent des hôtels mal ou trop valorisés et dans un esprit convenu. Sur de nombreuses brochures dhôtels, on trouve une phrase lourde et ringarde du genre : " notre équipe jeune et dynamique est prête à vous recevoir dans un cadre raffiné ". Jai remarqué combien les photos de dépliants de beaucoup dhôtels pouvaient souvent avoir un côté ex-URSS, avec des vues sinistres de locaux, sans personnage ou avec des figurants (souvent le personnel) figés et crispés, des images mal éclairées aux allures dun autre temps. A lopposé, elles pouvaient développer un aspect Dallas, avec des personnages au sourire niais, aux tenues de soirées comme on nen porte plus, avec toujours un cocktail à la main et un air irréel. Ici, il y a toujours une jolie jeune femme à moitié nue dans la salle de bains (avec plein de mousse dans la baignoire) ou en peignoir, en train de se coiffer assise sur le lit dans un geste de Loreleï. On peut y voir aussi un jeune cadre en chemise-cravate qui lit un journal économique, assis devant le plan de travail. Bref, les clichés vus et revus, usés jusquà la corde. Quand les hôteliers prennent la plume, ce nest souvent guère mieux. On a alors affaire à de mauvais élèves dans lart épistolaire. Un client qui leur écrit ne reçoit pas de réponse dans 15 à 20 % des cas. Bien des lettres sont administratives, façon Sécu. Beaucoup de courriers dhôtels sont bourrés de fautes de frappe, de fautes de français ou encore ne répondent pas à la demande du client. Dune manière générale, seulement près de 15 % de lettres dhôtels donnent vraiment envie dy aller. Que dactes manqués !
Parallèlement, bien des opérations que les hôteliers lancent sont des échecs ou des demi-échecs. Les cartes de fidélité en sont un exemple. Alors que plus de 4 consommateurs français sur 5 ont au moins une carte de fidélité dans leur portefeuille, y compris fournie par leurs commerçants, il ny a que 16 % des clients dhôtels qui possèdent un abonnement ou qui bénéficient dun programme de fidélisation en hôtellerie. Pourtant, la quasi totalité des chaînes offrent cette formule, ainsi quun grand nombre dhôtels indépendants. Les cartes de fidélité font ici un flop alors que 40 % des gens qui fréquentent les hôtels y séjournent entre une à plusieurs fois par semaine. Lexplication à ce déficit est multiple. Les clients refusent désormais de senfermer dans une enseigne. Ils veulent aller et venir au gré de leurs envies et changer de temps en temps de produits.
Plutôt que zappeur comme on lentend constamment prononcer, je préfère dire que la clientèle est " multi fidèle ". En effet, les consommateurs, pour la majorité dentre eux, ne passent pas leur temps à changer régulièrement de prestataires, comme on le croit souvent. Au contraire, contre toute idée reçue, ils préservent leurs habitudes de consommation, en sen écartant seulement de temps en temps. Ils ont élargi le nombre de fournisseurs chez qui ils achètent pour faire varier les plaisirs, selon les particularités des uns et des autres. Cest un phénomène qui touche pratiquement tous les secteurs marchands. Il a été largement favorisé par laccroissement de loffre et donc par limmense choix disponible. Ainsi en restauration, les clients disent aller dans un plus grand nombre de restaurants quil y a quelques années. En moyenne de trois à six, dans la régularité. Fatalement ces habitués vont moins souvent dans chacun des restaurants fréquentés. Du coup, les professionnels les voient moins régulièrement et ont donc limpression quils sont devenus moins assidus, ce qui est vrai en ce qui concerne leur propre maison. Mais, les clients consomment globalement, bon an mal an, toujours autant quavant. La multi fidélité sexplique par les envies de changement et la lassitude des formules. Mais, en même temps, changer est à chaque fois un nouveau risque que les consommateurs ne souhaitent pas prendre. Quand ils ont trouvé le bon prestataire, ils ne le lâchent plus. En restauration, ceux qui changent le plus souvent sont les jeunes et dune manière générale ceux qui ne fréquentent les restaurants quoccasionnellement, ce qui paraît logique. 60 % des clients de restaurants disent aller dans les mêmes établissements et il sagit des plus accoutumés à la restauration.
Le mot même de fidélité renvoie les consommateurs à une image de prison. En hôtellerie, les programmes de fidélisation ne semblent pas satisfaire complètement la clientèle. Celle-ci ne veut plus dune "carotte" pour linciter à venir plus souvent à lhôtel en général, ou dans un hôtel ou dans une chaîne en particulier. Les acheteurs demandent au contraire une récompense pour les remercier de consommer, simplement. Une sorte de prime à la consommation. Les systèmes de " miles " gagnés en utilisant sa carte de paiement sont en cela bien adaptés. Par ailleurs, les Français répugnent à sencombrer de dizaines de cartes de plastique et préfèreraient dans labsolu que leur moyen de paiement habituel réunisse les avantages de régler les dépenses et de déclencher des récompenses à la consommation. Les professionnels ont aussi monté de véritables usines à gaz en matière de programmes de fidélité. Ils compliquent à linfini lachat et déboussolent considérablement les consommateurs qui ny comprennent plus rien. Il est clair que les hôteliers doivent à présent revoir leur copie et proposer des systèmes dabonnement qui valorisent leurs clients et qui les gratifient, sans trop de restrictions. Même si 85 % des clients voudraient surtout des réductions pour les remercier de leur assiduité (et non les encourager à se fidéliser), ils demandent de plus en plus des attentions spéciales. Cest comme si finalement prendre une carte de fidélité était le seul moyen pour les clients despérer obtenir le bon accueil quon semble leur refuser en temps normal.
Labonnement par les clients est devenu un moyen de se faire remarquer dans la foule et dêtre reconnu (dans le sens de reconnaître limportance de quelquun). Ainsi, la plupart des abonnés de lex-Air Inter nétaient pas forcément de grands utilisateurs davions et pourtant ils payaient chèrement leur carte. Cétaient des gens qui voulaient seulement pouvoir entrer et sortir les premiers de lavion, à lépoque où la compagnie nattribuait pas encore les places par ordinateur. Il faut comprendre aussi que les cartes de fidélité sont un moyen idéal pour un prestataire didentifier les gros clients des autres, alors que lon connaît si mal sa clientèle. Cest par prolongement un prétexte à communiquer avec eux toute lannée. Ils sont par exemple demandeurs dune lettre dinformation, qui présente les promotions spéciales, les nouveautés de lentreprise et les autres avantages ponctuels qui leur sont offerts. Encore faut-il mettre en place des systèmes incitatifs pour donner envie aux consommateurs de sabonner. Si possible dans la plus grande simplicité.
Parmi dautres loupés, les hôteliers ont aussi lancé pendant des années des opérations de prix modulés, à limage de ce que fit la SNCF avec ses prix bleu-blanc-rouge. Le but officiellement annoncé était dinciter les clients à programmer leurs séjours en fonction des prix de la période. En période chargée, à un jour près, les prix sont plus élevés. En période creuse, les prix tombent. Le problème est que ces opérations ne pouvaient reproduire avec succès le système des transporteurs. Ils nont pas permis aux chaînes et aux hôtels daugmenter leurs taux doccupation, ce qui était lobjectif dorigine. Cela a au contraire perturbé la clientèle qui y voyait un piège, à devoir payer le prix fort sur les périodes où elle était contrainte de se déplacer. On peut retarder dune heure ou deux son départ en train parce que le tarif est moins élevé dans un train plus tardif (si on est sensible aux prix). Mais, personne ne va aller dans une ville le lundi plutôt que le mardi, parce que la chambre dhôtel est vendue 15 % moins chère. Aujourdhui, cest le yield management qui a remplacé sous une nouvelle forme, les tarifications modulées des années 1980. Cette technique lancée initialement par les compagnies aériennes, consiste à appliquer un tarif différent à chaque client en fonction de beaucoup de paramètres complexes : statut du client, durée du séjour, période, etc. Dans labsolu, comme dans un avion, chaque voyageur se voit appliquer un prix différent. Lavantage est quaucun client ne sait ce que paie son voisin. Cest aussi un inconvénient, parce que tout le monde a limpression du coup, dêtre celui qui paie le plus cher.
Dune manière générale, les consommateurs admettent de moins en moins que pour une même prestation, on puisse payer un tarif différent selon des critères qui leur échappent. En hôtellerie, cest encore plus manifeste, parce que pour le client, une chambre est une chambre. Il est clair que les professionnels devront de plus en plus savoir compenser les prix forts appliqués sur certains moments par au moins un ajout de prestations ou dattentions particulières. Dans le cas contraire, ils iront à terme au désastre". Copyright ©-1999/2003 - Coach Omnium t
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