Les idées reçues. Quelle profession ou quel secteur d'activité n'en connaît pas ? Le tourisme, l'hôtellerie et la restauration en sont largement pourvus. Parfois, les idées reçues font sourire. Parfois, elles sont ridicules. Parfois ce sont des contrevérités. Parfois aussi, elles sont dangereuses pour la bonne compéhension de la profession, voire pour ses intérêts. Ces idées reçues circulent communément par le bouche-à-oreille, mais aussi au travers d'ouvrages et surtout d'articles de presse lus ici et là, ce qui est plus gênant. Elles sont le fruit d'interprétations, d'actes malveillants ou encore de la bêtise, tout simplement. Pourtant, on leur donne souvent, à raison mais le plus souvent à tort, du crédit.

Sans retenue, mais aussi sans prétention, nous avons voulu tordre le cou à un grand nombre d'idées reçues ou les rectifier. Bien sûr, ces thèmes peuvent être des sujets à débattre. Nous ne prétendons pas avoir raison sur tout. Mais au moins, j'ai la faiblesse de croire que le lecteur nous laissera la liberté de nos points de vue.

Cette première liste d'une trentaine d'idées reçues, qui circulent dans le secteur du tourisme et des CHR, sera suivie de bien d'autres que nous traiterons bientôt. Nous en avons déjà recensés sans mal 180 !

Mark WATKINS

"La France est la première destination mondiale du tourisme"

Avec ses 77 millions de visiteurs touristiques étrangers (on parle même à présent de 80 millions de visieteurs étrangers, selon l'OMT), on présente depuis des années la France comme "la première destination mondiale du tourisme". Pour autant, on sait (mais on oublie de le dire) que près d'un tiers de ces touristes étrangers ne mettent les pieds en France que parce que notre pays est un couloir européen Nord/Sud pour transiter vers l'Espagne, le Portugal, l'Italie ou encore le Maroc. Le mot "destination" est donc totalement inadapté. L'Hexagone profiterait de ses caractéristiques géographiques et de son parfait équipement autoroutier pour jouer un rôle prépondérant de "transporteur".

Cette situation se confirme par le volume de recettes dépensées par touriste, qui est étrangement faible en France. Ne venant qu'en troisième position au niveau des recettes touristiques globales derrière les Etats-Unis et l'Espagne, la France est en réalité au 12e rang des dépenses touristiques par visiteur. Même l'Autriche, petit pays qui accueille presque 4 fois moins d'arrivées touristiques que la France, obtient une dépense moyenne par visiteur de 1.464 dollars contre 556 en France.

Recettes moyennes par touriste étranger en 2005, en dollars US : Etats-Unis : 1.653 $, Royaume-Uni : 1.520 $, Autriche : 1.464 $, Allemagne : 1.387 $, Italie : 972 $, Espagne : 863 $, Chine : 625 $, France : 556 $.
"Les touristes qui viennent en France dépensent peu"

Y aurait-il une sélection impitoyable des touristes à nos frontières pour ne choisir que ceux qui dépensent peu ? Bien sûr que non. Le fait que les recettes moyennes par touriste soient si faibles en France (553 $ contre le triple aux Etats-Unis) se justifie par le fait que près de 1/3 des touristes étrangers comptabilisés à nos frontières ne font que traverser la France et y dépensent par conséquent peu d'argent. Car, les prix des produits de consommation, de l'essence, de l'hôtellerie, de la restauration, des entrées de musées, etc. ne sont pas particulièrement moins ou plus élevés que dans les autres pays touristiques occidentaux concurrents.

Et les professionnels du tourisme comme les offices du tourisme français, par leur façon de travailler et de s'organiser, contrairement à des idées reçues, ne sont pas à l'origine de la faible dépense par touriste. Les discours consistant à exhorter les professionnels à s'arranger pour vendre mieux et davantage (pour augmenter les recettes par touriste), ne s'appuie sur aucun fondement sérieux. 

En somme, les touristes laissent moins d'argent en France parce qu'ils y restent moins longtemps que dans d'autres destinations touristiques où ils séjournent, alors qu'en France beaucoup des "touristes" ne font que passer.

"La baisse de la TVA va créer des emplois"

C'est la grande bataille du moment en restauration, à coup de promesses politiques d'un côté et de menaces syndicales, de l'autre. Petit rappel : les deux derniers chefs d'Etat ont promis une baisse de la TVA dans la restauration, passant la taxe sur la prestation consommée sur place de 19,6 % à 5,5 % (ou à un autre taux réduit). Les syndicats professionnels, et en premier l'UMIH, ont promis la création d'au moins 40.000 emplois sur 3 ans en conséquence de cette baisse de la TVA. Cette dernière promesse est difficile à croire. D'une part, peu de restaurateurs français sont syndiqués. On ne voit pas comment les organisations patronales peuvent promettre quelque chose à la place des autres, y compris de leurs propres adhérents, qui sont loin d'aller dans le sens de leur syndicat.

D'autre part, plusieurs sondages de Coach Omnium auprès de restaurateurs, mais aussi d'autres expertises dont celle de l'OCDE, confirment qu'une baisse de la TVA en restauration ne créera quasiment pas d'emplois nouveaux, sinon en facilitant "l'officiellisation" d'emplois jusque-là non déclarés. Enfin, comment expliquer que la profession dit souffrir d'une carence équivalente à 50.000 emplois non pourvus et que soudain, elle pourrait inventer 40.000 emplois nouveaux ? Cela reviendrait à dire que seuls les salaires bas, caractéristiques à la restauration, seraient l'unique cause de la désaffection en candidats à l'emploi dans ce secteur. Malheureusement le problème est bien plus profond et c'est tout un ensemble de conditions de travail nouvelles qu'il faudrait trouver pour donner l'envie aux jeunes d'épouser les métiers de la restauration commerciale.

Au contraire d'une priorité à l'embauche, la cagnotte récupérée par les restaurateurs, si la TVA devait baisser, servirait à se rééquiper, à augmenter les niveaux de salaires des employés (mais faiblement compte tenu des sommes collectées) et des patrons-restaurateurs. Très marginalement à baisser certains prix, selon les déclarations d'intentions des restaurateurs. La création d'emplois nouveaux, les restaurateurs n'en parlent que très peu. Ils préfèrent dans leur majorité organiser leur travail de manière à ne pas être obligés d'embaucher. Ou encore en restreignant les horaires ou les jours de services, plutôt que d'augmenter encore leurs charges d'exploitation. Près de 8 restaurants français sur 10 emploient moins de 2 salariés, voire aucun. Enfin, on voit mal comment le gouvernement pourra se contenter d'un manque à gagner en TVA, estimé à 3,2 milliards d'euros par an en contrepartie de la création de 40.000 emplois promis par l'UMIH en 3 ans. Cela reviendrait à accepter qu'un emploi hypothétiquement créé dans la restauration coûte 240.000 euros aux contribuables français sur 3 ans.

"87 % des Français sont favorables à une baisse de la TVA en restauration"

Si l'on en croit BVA d'après un sondage auprès de 1.005 personnes de 15 ans et plus qui a été réalisé en décembre 2005. Le problème est que le sondeur n'est pas allé plus loin dans son questionnement. Voilà un sondage particulièrement utile qui sert sûrement l'intérêt de quelqu'un ! En effet, a-t-on souvent vu les Français dire qu'ils seraient contre une suppression d'impôt, hormis quand il s'agit de l'Impôt sur les Grandes Fortunes ou des Impôts sur les sociétés ?

A vrai dire, non. Par ailleurs, le sondage oublie de dire que si la TVA pouvait baisser en restauration, les Français aimeraient surtout retrouver cette réduction directement dans les additions que leur présentent les restaurateurs. Or, ces derniers ont davantage l'intention, selon plusieurs enquêtes, de garder le pactole pour eux et en tout cas de ne pas répercuter la diminution de TVA, si elle devait intervenir, dans leurs prix ou alors si peu.  

"La baisse de la TVA en restauration va relancer la consommation"

Comment cela serait-il possible ? Supposons que les restaurateurs répercutent l'intégralité de la baisse de la TVA sur leurs prix, en les diminuant. Déjà cette supposition ne tient pas car on sait que le différentiel de TVA économisé servira à autre chose. Mais supposons tout de même. Sur une addition moyenne de 17 euros, cela représenterait un peu plus de 2 euros. Cela ne pourrait que faire plaisir aux consommateurs de la restauration : 34 % du public condamnent les tarifs trop élevés des plats, des boissons ou plus généralement des repas, contre 17,3 % en 1998.

Même si les prix des menus et plats devaient être diminués, les consommateurs ne pousseraient pas davantage les portes des restaurants. Déjà, les Français consomment de manière considérable au restaurant, essentiellement parce que leur mode de vie le leur impose (éloignement entre domicile et travail, moins de temps pour déjeuner, etc.) ; mais aussi parce que l'offre en restauration s'est élargie à tous les prix, à toutes les formules. La restauration est ainsi pour beaucoup de ses clients un acte subi. Aujourd'hui, presque 3,1 repas sont pris en moyenne à l'extérieur du foyer par semaine et par ménage, contre seulement 1,9 en 1969. Nos restaurateurs servent chaque jour en moyenne 4,9 millions de personnes (sans compter la restauration parallèle et la restauration d'entreprises). Aller plus souvent au restaurant ne s'envisage pas. Baisser les prix n'y ferait rien. On pourrait croire que si les tarifs réduits n'attireraient pas plus les clients, ces derniers pourraient au moins consommer davantage. Cette option n'est pas plus envisageable.

Déjà la possibilité depuis quelques années de récupérer la TVA pour les entreprises (qui représentent parfois jusqu'à 80 % de la clientèle dans beaucoup de restaurants pour leurs déjeuners) n'a pas gonflé le nombre de repas servis. Par ailleurs, la tendance pour les Français de réduire le nombre de plats, de ne plus consommer de vin et d'écarter les apéritifs et digestifs au restaurant, n'a rien à voir avec un souci budgétaire. En tout cas, le souci d'économiser est très secondaire. Il s'agit là d'un comportement que l'on observe également en Europe et aux Etats-Unis, qui correspond aux styles de vie actuels : envie de se sentir mieux, attention pour sa ligne, lutte contre l'alcoolémie au volant, manger plus sain, etc. Le fait que les gens aillent plus souvent au restaurant s'est traduit en contrepartie par un allégement de leur repas.    

Quant aux personnes qui ne vont jamais au restaurant, souvent pour des raisons d'argent, le restaurateur qui passerait sa côte de bœuf sur la carte de 35 à 32 euros ne les fera pas davantage venir chez lui. Pour autant, après toute la médiatisation de la TVA en restauration, les restaurateurs devront s'attendre à recevoir des coups de bâton par leurs clients et les médias, s'ils ne pensent pas à rétrocéder une bonne partie de la cagnotte en baissant leurs prix, si la TVA devait elle-même diminuer.    

"La baisse de la TVA en restauration : une bouffée d'oxygène pour les restaurateurs"

Certes, récupérer un différentiel de TVA entre 19,6 % et 5,5 % (ou autre taaux réduit) est forcément appréciable ; cela va se résumer pour un restaurateur qui réalise en moyenne 50 couverts par jour (c'est la moyenne nationale pour les restaurateurs indépendants), par une économie de plus de 12.000 euros annuellement. C'est toujours bon à prendre. Mais comment a-t-on pu laisser croire aux professionnels que la baisse de la TVA allait tout régler, qu'ils y trouveraient la solution à tous leurs problèmes ? En vérité, si les restaurateurs ne répercutent pas, le cas échéant, la baisse de la TVA dans les prix, il s'agirait d'une véritable injustice pour… leurs clients. Ce serait une confiscation pure et simple, voire un détournement d'impôt. Car la TVA est une taxe sur la consommation et chaque entreprise n'est en réalité qu'un percepteur qui collecte la taxe et la reverse aux services fiscaux. Une baisse de la TVA devrait se transformer nécessairement par une baisse proportionnelle des prix. Le vrai souci est que les prix de revient augmentent mécaniquement d'année et en année et que les prix de vente ne peuvent suivre le même mouvement, car le public trouve déjà que les tarifs de la restauration sont trop élevés.

Par ailleurs, l'élargissement de l'offre en restauration ne s'est pas laissé accompagner par une augmentation du nombre de repas servis. Mais, par un partage du gâteau entre davantage d'acteurs. Le vrai combat pour retrouver une rentabilité devrait être davantage celui, évidemment, de retrouver et de développer la clientèle donc, le chiffre d'affaires. Et du côté des frais d'exploitation, d'obtenir une baisse des charges sociales sur les salaires. Même si on peut penser qu'alors, seuls les grands restaurants employant du personnel seraient gagnants de cette mesure. D'où un sentiment potentiel d'injustice. L'enjeu pour retrouver des clients, au lieu d'une baisse de la TVA, devrait être celui de la qualité de la prestation et de la cuisine que de plus en plus de clients contestent. Quant aux restaurateurs, ils continuent à raisonner en TTC, soit le prix payé par les clients. Cela les fait penser que l'Etat leur ponctionne abusivement de l'argent et les saigne. La TVA n'est qu'un impôt que paient les consommateurs et qui ne fait que transiter par les entreprises qui sont en charge de les collecter. La TVA n'est donc pas une charge d'exploitation et elle n'appartient pas aux restaurateurs.

"Les fast-food paient une TVA réduite et les restaurateurs une TVA forte"

Toute une polémique s'est installée depuis le démarrage des débats sur la baisse de la TVA en restauration. Elle est due, d'une part à une désinformation ou des mensonges par omission par les syndicats professionnels. Elle s'est imposée, d'autre part, par une méconnaissance du dossier par beaucoup de journalistes. En réalité, les exploitants de fast-food comme les restaurateurs sont logés à la même enseigne en matière de TVA. Les uns comme les autres doivent appliquer une TVA à 19,6 % pour tout repas ou boisson consommés sur place et une TVA à 5,5 % pour tout achat emporté. C'est très clairement exprimé dans le Code général des impôts.

Evidemment, dans les faits, les restaurants fast-food peuvent enregistrer jusqu'à la moitié de leurs ventes à emporter alors que c'est plus rare, voire inexistant chez les restaurateurs "classiques". Mais, peut-on le reprocher aux premiers ? En même temps, on peut s'interroger sur un système inégalitaire, non pas entre prestataires car ce n'est pas le cas, mais par type de prestation. Le service est ainsi bizarrement surtaxé (consommation sur place), alors qu'il exige déjà un surcroît d'investissement (aménagement de salles, matériel,…) et un personnel plus nombreux. Autrement dit, le prix de revient d'un service sur place est plus élevé que celui de la vente à emporter et le premier est également plus taxé.

"Les clients sont de plus en plus exigeants et de plus en plus radins"

Cela revient à chaque fois comme une mélopée, triste et répétitive : "les clients de nos restaurants sont de plus en plus exigeants tout en étant radins". Les professionnels qui s'expriment ainsi le disent comme pour excuser leur incapacité à satisfaire leurs clients. Les consommateurs sont effectivement mieux éduqués, plus alertes, plus habitués à consommer, y compris en restauration.

Du coup, ils savent mieux qu'un débutant comment débusquer et reconnaître la bonne prestation de la mauvaise. Mais, leur habitude de consommer leur permet aussi de savoir ce qu'ils peuvent exiger, notamment en restauration. Comment admettre de payer le prix fort pour un repas qui se compose au restaurant de tout ce qu'on trouve chez soi, voire parfois en moins bon ? Servir, par exemple, une béarnaise ou une mayonnaise industrielles, sans saveur, dans un restaurant ne peut pas plaire à des clients qui ne sont pas dupes de la supercherie. Servir des eaux minérales en bouteilles de plastic comme ce que l'on trouve dans les supermarchés, mais en payant 8 fois plus cher, est difficile à justifier. Comment accepter de payer sans sourciller un 1/4 Perrier 6,40 euros ou un café à 2,30 euros dans une brasserie parisienne très quelconque, avec en prime un serveur antipathique et un mobilier usé et sale.

Trouver dans les menus enfants au restaurant des nuggets de poulet et des frites identiques à ce qu'on croise dans les hypermarchés et que l'on prépare chez soi (prétaillées et surgelées par le même industriel qui fournit les hypermarchés) a de quoi décevoir. Par conséquent, il faut reconsidérer les consommateurs comme des êtres capables de faire la part des choses entre le bien et le mal, entre le bon et le mauvais. Le restaurateur et le cuisinier ne sont-ils pas des professionnels supposés apporter une valeur ajoutée ? Quoi qu'il en soit, le client est prêt à dépenser plus, à condition qu'on lui serve quelque chose de qualité. Quant aux dépenses, n'a-t-on pas le droit d'avoir des exigences en contrepartie du versement de son argent, durement gagné ? Doit-on dans ce cas s'étonner que les Français prennent de moins en moins le chemin des restaurants, si l'originalité et la qualité de leur prestation baissent. Satisfaire les clients ne suffit plus, il faut les enchanter pour les fidéliser.

"Les clients ont pour seul critère le prix"

On entend souvent les hôteliers et les restaurateurs dire que pour leurs clients, il n'y a que le prix qui compte. Si ces derniers n'ont pas envie de dépenser n'importe comment pour n'importe quoi, le critère du prix pour choisir un restaurant ou un hébergement ne vient généralement qu'en 4e ou 5e position. En fin de compte, c'est le rapport prestations/prix qui tient une place prépondérante. Mais, on ne peut le connaître qu'après avoir consommé. Enfin, plus on achète dans l'économique, plus le critère du prix prend de l'importance. Mais quand on est satisfait, on oublie vite le prix.

"Il vaut mieux avoir une chambre vide que de baisser ses prix"

Voilà une déclaration qui sort souvent de la bouche de bien des hôteliers ; laquelle ne manque jamais de surprendre, voire de faire sourire. Si on veut y comprendre "baisser ses prix n'est pas la panacée quand on cherche à gérer au mieux son hôtel", cette position serait peut-être acceptable. Mais, il s'agit le plus souvent d'un refus ferme et net de proposer des réductions. Comme si adapter ses prix aux règles du commerce était indigne et dégradant. Généralement, ces hôteliers qui tiennent de tels propos ont des établissements qui vivotent ou qui sont en souffrance économique. En définitive, tout est une question de nuance, comme dans la vie. Une politique tarifaire, pour obtenir les meilleures recettes et/ou taux d'occupation (selon ce qu'on veut privilégier) se fait avec des prix tantôt à la hausse, tantôt à la baisse selon la nature et le niveau de la demande du moment, ainsi que bien d'autres paramètres. Le problème est que la majorité des hôteliers ne connaissent pas leur vrai prix de revient.

Aussi, comment pourraient-ils être si sûrs de la justesse de leurs prix de vente, qu'ils formatent la plupart du temps à partir de ceux de leurs concurrents (qui font la même chose qu'eux !) ? Par ailleurs, on a toujours le sentiment qu'il y a très peu de stocks dans un hôtel ; or, ce sont les stocks qui coûtent le plus dans les entreprises.

On oublie que les chambres d'hôtels sont un stock et une denrée périssable, même si cela ne se voit malheureusement pas comme pour des aliments frais. Car, ces chambres ont été financées par avance. Chaque nuit, les chambres qui n'ont pas été louées sont jetées virtuellement à la poubelle. Une location perdue ne se rattrape jamais. Par conséquent, si on veut sauvegarder son image, il est certes prudent de ne pas brader ses prix à tout vent. Mais, il est encore plus sage de savoir jouer la souplesse pour attirer les clients quand ils sont rares, quitte à trouver des prétextes non dévalorisants pour justifier des prix amoindris à certaines périodes, voire à partir de certaines heures de la soirée. 

"Le petit-déjeuner en buffet est un gouffre financier"

On pourrait croire que mettre en évidence, à portée de mains, un grand nombre de produits pour le petit-déjeuner va générer du gaspillage, pousser les clients à la surconsommation et favoriser le besoin de jeter des aliments périmés à la poubelle. Pour autant, la ferveur des clients d'hôtels à prendre un petit-déjeuner en buffet est réelle. Plus de 80 % des clients d'hôtels préfèrent cette formule plutôt que le plateau continental ou encore le petit-déjeuner servi en chambre. Leur oter ce plaisir serait reproché aux hôteliers. Alors qu'en est-il de la rentabilité d'un buffet de petit-déjeuner ? Si effectivement placer beaucoup de produits représente un coût plus élevé que pour un plateau en chambre davantage formaté, l'hôtelier s'y retrouve par une facilité de service, par un personnel plus réduit en nombre et par le fait que 90 % des produits sont récupérables, lorsqu'ils sont emballés et tenus au frais sans rupture de la chaîne du froid pour les aliments concernés.

Enfin, servir moins de plateaux en chambres est non seulement plus aisé pour le personnel, mais cela évite également beaucoup de dégâts dans les étages et donc d'obligations de nettoyage. Bref, le buffet de petit-déjeuner est au final non seulement rentable, mais il correspond pleinement à ce que les clients attendent. Sachant qu'au final ces derniers ne consomment que rarement plus que de raison. A condition que le minima de règles de présentations, d'hygiène et de service soit respecté : voir l'ouvrage de Mark Watkins et Nelly Rioux "Adaptez votre produit hôtelier à la clientèle". Voir également notre synthèse d'étude sur les petits-déjeuners à l'hôtel.

Seule exception pour justifier une absence de buffet de petit-déjeuner : les petits hôtels avec peu de clients, car le buffet se justifie surtout quand il y a du flux et un volume de clients suffisants. Il faut se souvenir que le petit-déjeuner fait partie de la prestation globale d'un hôtel et ne doit pas être considéré comme un service à part, devant s'autofinancer.

"Les clients d'hôtels consomment davantage au petit-déjeuner à l'hôtel que chez eux"

Si les Français sont réputés pour déjeuner peu le matin, bien que cela progresse dans le bon sens, ils sont unanimes, comme les touristes étrangers, à concéder qu'ils consomment plus à l'hôtel que chez eux. S'ils gardent globalement les mêmes habitudes qu'à la maison (par exemple : on boit du café le matin qu'on soit en voyage ou chez soi), le fait que l'on trouve à l'hôtel une profusion de produits que l'on n'a pas chez soi, pour lesquels on est pas obligé de ressortir pour les acheter, est une tentation à laquelle peu de gens résistent.

Enfin, les hôteliers ne doivent pas oublier que le petit-déjeuner reste désormais quasiment la seule prestation hôtelière réellement festive pour les clients d'hôtels. Il ne faut donc pas gâcher ce plaisir en proposant une offre pauvre et dévalorisée.

"Les certifications (dont Hotelcert), visites-mystère ou labels de qualité garantissent de bons hôtels"

Près de 350 hôtels français sont aujourd'hui certifiés sur un total de plus de 18.000 établissements classés. C'est peu, très peu. Mais au-delà du fait que la certification a franchement le mérite d'exister, ni les référentiels utilisés, ni les visites-mystère pratiquées ne sont la plupart du temps le reflet de ce que la "vraie" clientèle attend. On se contente de vérifier la qualité de la prestation fournie au travers essentiellement du service, au lieu de cerner la qualité perçue par les consommateurs réels. Car, cette dernière concerne aussi le produit. Par exemple, il est surprenant de constater que des référentiels ne citent que le fait que les téléviseurs dans les chambres fonctionnent correctement et soient propres, sans se soucier de la qualité de l'offre télévisuelle, ni du fait que sont présents des TV à petit écran sur potence, qui déplaisent fondamentalement à la clientèle. Les démarches qualité entreprises n'apportent pas la garantie que leurs bénéficiaires sont de bons hôtels, dans leur gamme. Ou proposent une prestation conforme à la demande.

Les visiteurs-mystère et auditeurs employés sont rarement, très rarement, des intervenants capables d'avoir un jugement juste et professionnel. Certains cabinets d'audits emploient même de très jeunes gens tout juste sortis de l'école, voire des stagiaires, sans expérience, pour auditer parfois des 4 étoiles qui ne reçoivent jamais ce type de clientèle par l'âge. Mais, la plupart des auditeurs n'ont aucune idée de ce que recherchent réellement les différents types de clients, par motifs de séjours. Il serait possible de dresser un tableau fatalement très noir des pratiques en matières de visites-mystère et d'audits qualité.

A quoi sert une certification si elle n'est pas connue par le grand public ? Ce qui est le cas. Enfin, une démarche qualité consistant à faire réaliser 1 visite par an, voire communément 1 visite tous les 3 ans, peut-elle sincèrement être un acte crédible dans un métier de service où tout est quotidiennement à recommencer ?

En résumé, un hôtel peut être excellent sans être certifié. Un hôtel peut être certifié sans être excellent. C'est donc une affaire à suivre de très près. 

"Le succès pour un hôtel ou un restaurant est l'emplacement"

La fameuse phrase, trop souvent entendue et répétée, attribuée à Conrad Hilton : "3 choses font le succès d'un hôtel : l'emplacement, l'emplacement et l'emplacement" est tout ce qu'il y a de plus faux et absurde. Bien sûr, un hôtel ou un restaurant faciles à trouver, très visibles et d'accès aisé forment un avantage concurrentiel indéniable. D'ailleurs, dans le choix d'un hôtel, pour la clientèle de loisirs et surtout pour la clientèle d'affaires, la localisation de l'établissement vient en premier critère de choix. Mais, si seul l'emplacement suffisait, cela se saurait.

La qualité de l'offre, la qualité de l'accueil, la performance commerciale, les qualités du management et du personnel, une gestion intelligente et rigoureuse, etc. sont autant de composantes sans lesquelles une entreprise de service ne peut se soustraire pour s'assurer une pérennité. Méfions-nous par conséquent des images que l'on véhicule trop facilement. Elles demandent une franche réflexion pour ne pas tomber dans le ridicule.  

"No parking, no business"

Dans une époque du tout automobile, comment pourrait-on imaginer qu'un restaurant ou un hôtel puissent fonctionner sans un parking intégré ou à proximité ? Bien sûr, pour les hôtels et les restaurants qui accueillent une clientèle de voyageurs en avion ou en train, le nombre de places de parking a moins d'importance. Mais, ne pas disposer d'un parking du tout est un handicap totalement nuisible pour la bonne marche de l'établissement. Il en va de même pour les prestataires qui accueillent et traitent des groupes de tourisme, il leur faut à moins de 100 mètres un ou des emplacements pour garer les autocars. 

"Les clients des restaurants ne consomment plus"

En vérité, ils consomment toujours, mais par souci de santé et de bien-être, ils ont considérablement réduit leur consommation au restaurant en nombre d'articles, comme on dirait pour un magasin. Ils ont aussi souvent moins faim aux heures des repas, car 3/4 des Français disent s'adonner au grignotage avec une moyenne de 5 prises alimentaires par jour (contre 7 pour les Américains).

Ainsi, 2/3 des consommateurs optent pour 1 à 2 plats seulement, dans les repas courants (hors repas de fêtes). 51 % prennent régulièrement ou occasionnellement de l'eau minérale, 38 % du vin bouché (71 % le soir), 13 % du vin en pichet. 27 % commandent un apéritif surtout le soir et les digestifs sont globalement passés à la trappe. Il faut expliquer aussi que le nombre de repas pris hors foyer ayant considérablement augmenté (3,3 par semaine et par Français actif contre 1,9 en 1969), aller davantage au restaurant induit fatalement une réduction du contenu des repas et des dépenses moyennes par repas. Le budget de loisirs et les notes de frais tendent à diminuer sérieusement.

"Les Français trouvent que les restaurants sont trop chers"

Si 76 % des consommateurs pensent que les prix sont globalement acceptables en restauration, c'est parce qu'ils choisissent en amont les établissements où ils prendront leurs repas. Ils savent pas conséquent à peu près pour combien ils vont dépenser. Mais, beaucoup sont désagréablement surpris quand ils reçoivent l'addition. Ainsi, pour 52 % des clients de restaurants, les vins sont trop chers ; pour 60 % l'eau minérale est surfacturée et pour 42 % les desserts ne méritent pas les prix qu'on leur attribue.

"Les jeunes ne veulent plus travailler dans la profession"

C'est un paradoxe que de dire que les jeunes ne veulent plus travailler dans le secteur des CHR : il suffit d'aller dans les hôtels et les restaurants pour se rendre compte que la très grande majorité du personnel, sinon la totalité hormis le patron, se compose de jeunes femmes et hommes, que l'on trouve dans quasiment tous les services. Cependant, le turn-over, dans les chaînes comme chez les indépendants, est impressionnant. De la même manière, il n'y a en moyenne plus que 1/5e des anciens élèves des écoles hôtelières qui sont encore dans la profession 5 ans après avoir reçu leur diplôme. Les jeunes sont donc là, mais ne souhaitent pas y rester. Mais, qu'ont fait les professionnels pour attirer et retenir les jeunes ?

Probablement le contraire de ce qu'ils auraient dû faire. Ce n'est pas tant les horaires et les jours de congé décalés que refusent les jeunes. Même les salaires particulièrement bas dans la profession ne sont pas des obstacles pour les débutants. Ce sont les conditions de travail avec des journées à rallonge sans compensation, le rejet d'une certaine servitude et surtout le manque de considération à leur encontre, qui font que la profession n'est pas perçue comme très sexy par les jeunes. Pourtant, l'exemple de la revalorisation de la cuisine par les grands chefs a permis de faire fleurir des vocations chez les jeunes. Pourquoi ne peut-on réussir cela dans les autres services ?

"L'hôtellerie et la restauration sont un ascenseur social"

Si entrer dans la profession est relativement facile pour les jeunes tant le secteur manque de bras, si les exigences en matières d'études et/ou de formation sont généralement basses (sauf dans le luxe et pour certains postes précis : cuisine, encadrement, réception), on ne peut plus dire que l'hôtellerie et la restauration permettent à des débutants de gravir rapidement les échelons de la hiérarchie. Il n'y a que 8 % de cadres dans la profession contre 19 % dans l'ensemble des services. Les jeunes qui avaient été nommés directeur d'hôtels de chaînes à 25 ans, le sont encore aujourd'hui 20 à 30 ans plus tard. Comparé aux années 1970 et 1980, il se crée désormais peu d'établissements nouveaux et par conséquence naturelle, il y a peu de nouveaux emplois d'encadrement. L'hôtellerie et la restauration manquent de personnel d'exécution et a un trop-plein de personnel d'encadrement. Pour autant, ici comme ailleurs, il n'en demeure pas moins vrai qu'un jeune employé particulièrement motivé, impliqué et travailleur pourra obtenir des responsabilités et des hausses de salaires plus vite que d'autres, qui ne déploieraient pas ces qualités. 

"Les enfants ne veulent plus reprendre l'affaire familiale"

C'est là un drame de la profession qui est doublement injuste. D'un côté les droits fiscaux de succession en France étaient jusqu'en février 2006 particulièrement élevés et défavorisaient d'une façon parfois insurmontable la transmission d'entreprises. De l'autre côté, les enfants d'hôteliers et de restaurateurs ne veulent plus reprendre l'affaire familiale quand sonne la retraite de leurs parents. Beaucoup disent avoir trop vus leurs parents suer sang et eau, s'accordant peu de vacances et de repos, pour ne pas avoir envie de vivre la même vie qu'eux. Parallèlement, la rentabilité des entreprises d'hôtellerie et de restauration s'est nettement dégradée depuis ces 15 dernières années, avec des conditions d'exercice handicapantes et des obligations d'investissements à la hausse, qui ne poussent pas les successeurs à se battre pour reprendre l'affaire familiale. Enfin, parfois malgré eux, les professionnels ont poussé leurs enfants à suivre des études non hôtelières sachant par avance qu'il y aurait peu de chances pour que leurs descendants leur succèdent. Cette carence dans les transmissions d'entreprises est surtout un problème dans les campagnes et pour les petites exploitations, qui bien souvent sont alors vouées à disparaître purement et simplement, après que parfois 3 générations les aient animées.
 
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