Tourisme d’affaires & hôtellerie

 

MAUVAISE NOUVELLE POUR L’HÔTELLERIE : LE TOURISME D’AFFAIRES VA TRÈS MAL

C’est sans surprise que la crise sanitaire est devenue une crise économique et sociale sans commune mesure avec ce que l’on a connu depuis ces dernières décennies. Et le phénomène est bien sûr mondial.

Pour le tourisme et l’hôtellerie, cela se traduit par un retrait qui semble sans limite des voyages d’affaires.

Même chose pour les MICE, où les séminaires, l’événementiel, les congrès et conventions d’entreprises ont fondu comme beurre au four. Passé un été où l’hôtellerie a plus ou moins sauvé les meubles dans les destinations touristiques, sauf dans les métropoles, avec une clientèle de loisirs (surtout française) qui était au rendez-vous, la rentrée s’avère plus que morbide pour le secteur.

DIMINUTION DRAMATIQUE DE LA CLIENTÈLE D’AFFAIRES

Après les vacances, la clientèle d’affaires se fait rare et avec ce second confinement, de nombreux hôtels ont préféré refermer purement et simplement, parfois pour quelques mois, voire pour une durée indéterminée. Paris et sa région, pourtant habituellement gâtées en matière de tourisme (pas loin des 80 % de taux d’occupation pour les hôtels en 2019), tirent la langue et souffrent d’une désaffection forcenée de la demande. Exit les grands salons, les congrès et les déplacements professionnels.  

En temps normal, le tourisme d’affaires représente près de 6 nuitées hôtelières sur 10 dans l’hôtellerie française. Parfois bien davantage — jusqu’à 80 % — selon les destinations. Et la situation ne semble pas être en voie de se relever avant longtemps, car les difficultés des entreprises pourvoyeuses de nuitées ne font que commencer.

Selon Euler Hermes, société d’assurance-crédit, la prévision de l’évolution des faillites d’entreprises d’ici 2021, par rapport au niveau de 2019, pourrait être de 25 % en France. Mais, le pire est à prévoir aux États-Unis avec 57 %, 43 % en Grande-Bretagne ou 27 % en Italie. Et encore, cette estimation a été réalisée en juillet 2020, avant la seconde vague de confinement de cette rentrée. On peut donc s’attendre en toute logique à une aggravation de la donne.

UNE SITUATION ÉCONOMIQUE TUEUSE DE NUITÉES

Au-delà des faillites et disparitions de firmes pressenties, les défaillances et difficultés peuvent prendre d’autres formes pour les entreprises qui tiendraient le coup : licenciements, réductions des coûts, désinvestissements, délocalisations et autres désagréments pour s’en sortir. Par ailleurs, comme on le sait, le télétravail a été adopté massivement, tout comme les visioconférences.

Pour l’hôtellerie, tout cela se traduit concrètement par moins de voyageurs d’affaires qui circulent (licenciements et économies de frais de voyages), par pas ou peu de séminaires et de manifestations professionnelles, par des événements supprimés ou réduits à minima, etc. Sans compter les interdictions de se rassembler. Autant de nuitées hôtelières volatilisées et des taux d’occupation qui s’effondrent. A l’heure actuelle, il est encore impossible de savoir chiffrer quelle est l’ampleur des dégâts.

Seuls certains secteurs, peu ou non affectés par la crise, continuent peu ou prou à alimenter le tourisme d’affaires : agroalimentaire, laboratoires pharmaceutiques, équimentiers de construction, etc. Mais, cela ne suffit pas à remplir les hôtels.

PERSONNE N’EST ÉPARGNÉ

Toute l’hôtellerie est touchée, sans exception, en milieu rural comme dans les grandes métropoles, qui se portaient plutôt bien avant la crise, combinant souvent clientèle de loisirs et d’affaires (voir notre Panorama de l’hôtellerie en France). De facto, les hôtels indépendants comme les chaînes sont logés à la même enseigne dans cette débâcle. Quant aux établissements de luxe et haut de gamme — près de 2.500 adresses en France —, la disparition de la clientèle étrangère a eu raison de leur activité (60 % à 90 % de leur clientèle, habituellement).

Notre dernière enquête sur les centres de congrès et parcs des expositions montre bien l’ampleur du problème, juste pour ce domaine, qui impacte en corollaire l’hôtellerie : reports et surtout suppressions de manifestations d’envergure.        

Faire des prévisions de reprise ? Personne ne peut à ce jour, sans fabuler ou mentir, dire quand les hôtels retrouveront leurs clients d’affaires comme avant le Covid-19. Cela dépend de tant de facteurs : la reprise de l’économie, la réouverture des frontières hors Europe, la santé des entreprises, la situation sociale, le relâchement de la réglementation… pour ne citer que quelques causes.

Aussi, peut-on hélas s’attendre à de nombreuses fermetures définitives d’hôtels. Combien ? Nul ne le sait et les chiffres annoncés ici et là sont fantaisistes à ce jour : lire notre analyse sur le sujet. Déjà en 2019, près de 1 hôtel indépendant sur 2 était en déficit ou en juste équilibre dans ses comptes. L’année 2020 ne va pas les arranger, malgré les aides du gouvernement.


Selon l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) le tissu productif français serait lourdement affecté par cette crise, avec des niveaux de défaillances inédits, et des effets variables selon les secteurs, la taille des entreprises et les régions. Les défaillances d’entreprises augmenteraient de 1,4 % en 2020, passant de 1,8 % dans un monde sans crise à 3,2 %, soit une hausse de presque 80 %. Sans le dispositif français de l’activité partielle, la part d’entreprises défaillantes aurait même atteint 4,4 % en 2020.

L’OFCE estime aussi que, par rapport à un scénario de croissance régulière, les problèmes de liquidités des entreprises seraient multipliés par plus de 2,5 (passant de 3,8 % à plus de 10 %), et que les actifs liquides des entreprises (réserves de trésorerie, dépôts, instruments du marché monétaire) chuteraient de 23 %. Le nombre d’emplois détruits par les faillites potentielles au 1er janvier 2021 s’élèverait à environ 250.000, que le choc soit transitoire ou persistant, en dépit de l’efficacité du dispositif d’activité partielle.

L’OFCE souligne qu’en situation de crise, même des entreprises productives et économiquement viables peuvent être exposées au risque de faillite.

Paru le 9 novembre 2020

Mark Watkins