Hôtellerie & écologie

 

HÔTELLERIE & ÉCOLOGIE : UN MARIAGE DIFFICILE

Au moment où tout le monde parle d’environnement et d’écoresponsabilité, l’hôtellerie semble bien à la traîne sur ce registre. On aurait pu penser que si écologie rime bien avec économies, l’affaire serait suivie d’effets et serait successful. Il ne semble pas en être question, au-delà des annonces et mesurettes souvent dérisoires, largement communiquées par certains professionnels ou chaînes hôtelières cherchant à se montrer irréprochables en matière de développement durable.

Il faut dire que la gestion parcimonieuse des déchets, dont les emballages, de l’eau et des énergies représente un coût et des efforts. Elle se trouve être parfois compliquée à mettre en place par les professionnels. Surtout pour des hôtels qui ne sont dans leur majorité pas récents. Il en va de même dans le choix des matériaux qui équipent les hôtels, comme de leurs installations techniques, pas toujours bons pour la planète.

Quand les hôteliers se plaignent déjà d’avoir énormément de frais à assumer, on comprend qu’être verts n’est pas forcément dans leurs priorités. Un hôtel, c’est pourtant beaucoup de déchets, d’eau et d’énergie consommés. Encore davantage lorsqu’il y a un restaurant. 

Mais, pour que cela évolue dans le bon sens, il n’est pas sûr que la pression vienne des consommateurs. En tout cas pas encore.   

DU CÔTÉ DES CLIENTS

Les clients d’hôtels — les Français comme les étrangers des pays occidentaux, de tous âges et tous milieux socio-professionnels — sont évidemment à présent très accoutumés à la préoccupation environnementale. Beaucoup l’appliquent complètement ou sporadiquement chez eux et/ou sur leur lieu de travail. Du coup, que des hôteliers proposent une solidarité sur ce thème ne les étonne pas.

Pour ce qui est des voyageurs, 62 % voient un intérêt à choisir les hôtels qui entreprennent une démarche environnementale. 20,8 % pensent qu’il est indispensable que les hôteliers communiquent sur le sujet et 58,5 % trouvent la démarche écologique utile en hôtellerie, voire qu’elle est un élément de différenciation (14,5 %) — sondages de Coach Omnium. Mêmes scores que dans un précédent sondage réalisé en 2009, à peu de choses près.

Il faut cependant relativiser le phénomène, car nous sommes ici dans du déclaratif et il est toujours de bon ton de s’avouer pro-écologiste. Y compris face à un enquêteur anonyme. Dans le détail, on trouve jusqu’à presque 6 clients d’hôtels sur 10, parmi ceux qui choisiraient un hôtel inscrit dans un engagement environnemental, qui seraient prêts à payer un (petit) supplément. Il en va ainsi de manière égale entre Français et étrangers interrogés par Coach Omnium.

Toutefois, il n’est pas certain que concrètement, payer plus cher se vérifie sur le terrain. Les voyageurs sont rudement sensibles aux prix et les trouvent déjà trop élevés en hôtellerie, pour plus de 70 % d’entre eux.

Plus prosaïquement, ils sont loin d’avoir pour premiers critères des attentes écologiques dans le choix des hôtels. Quasiment personne ne parle d’une volonté de trouver des hôtels écoresponsables au moment de rechercher un hébergement. D’autres références s’imposent bien avant : les tarifs, la localisation, le confort, le Wifi, etc. 

Quant à la recherche d’hôtels inscrits dans des « labels verts », force est de devoir constater que cela ne vient pas non plus d’emblée comme filtre de sélection, tant pour la clientèle d’affaires que de loisirs. De plus, peu d’hôtels sont ainsi écolabellisés (voir plus loin). La boucle est ainsi bouclée.

Légère hypocrisie

En somme, les clients d’hôtels sont sans doute ravis d’apprendre que des hôteliers font bonne figure dans le respect de l’environnement. Ils sont même prêts à trier leurs déchets dans leur chambre, si l’équipement pour cela est bien pensé. Ou à chercher à économiser les serviettes de toilette. En revanche, pour ce qui est de l’usage de l’eau et de l’électricité, dans les faits, personne ne connaît leur vrai comportement une fois dans leur chambre. Jouent-ils objectivement le jeu ou pas ? On ne le sait, sauf à se fier à leurs déclarations. Ce qui est hasardeux.  

Parallèlement, on nage comme toujours en pleine contradiction. Si éviter de gaspiller est bien entré dans les mœurs, il n’est pas certain que l’on ait toujours envie de se contraindre une fois dans un hôtel ou un autre hébergement touristique. On s’en rend compte si un hôtel devait ne pas disposer de climatisation dans les pays chauds ou en période estivale. Les mauvais commentaires tombent alors comme la pluie, dans les sites d’avis de voyageurs.  

Un peu hypocritement, les voyageurs justifient leur retenue essentiellement en déclarant que la démarche environnementale est d’abord le problème de l’hôtelier, qu’il doit se doter des équipements et moyens idoines, et que cela ne les concerne pas directement.

Quant aux affichages invitant les hôtes à économiser l’eau et les serviettes, on les accepte, sans forcément en tenir compte. Mais, il reste certain que le public dans sa majorité attend que les hôteliers se gardent de tout prosélytisme et évitent de tenter d’imposer leur choix en espérant modifier les comportements de leurs clients.  

DU CÔTÉ DES HÔTELIERS

Sur presque 18.000 hôtels en France, ils sont à peine près de 200 hôteliers à avoir fait certifier leur établissement chez Ecolabel, contre plus de 300 unités en 2017. Près de 160 hôtels sont sous le label concurrent Clef verte. C’est peu, très peu.

Mais, ne pas être labellisé ne signifie évidemment pas une absence d’effort ou de mobilisation sur ce registre du développement durable.

Il faut dire que tous les professionnels sont souvent découragés par la masse de normes à satisfaire dans les référentiels très sérieux de ces labels. Et aussi pas toujours heureux de payer la cotisation annuelle, qui va par exemple de 190 à 850 € chez Clef verte. Quand en plus, ces certifications ne sont pas des vecteurs de clientèle, il faut vraiment être mordu et militant pour y adhérer.

Pour ce qui est des chaînes hôtelières, toutes, plus ou moins, déclarent à qui mieux-mieux être écoresponsables, vertueuses en matière d’environnement et soucieuses d’une approche écologique. La dernière campagne de communication de Marriott, en été 2019, n’aura échappé à personne, reprise de manière étrangement massive par les médias. Le premier groupe hôtelier mondial, avec près de 7.000 adresses, a annoncé retirer ses mini-flacons de produits d’accueil dans ses salles de bains. Un non-événement que de nombreux de ses concurrents appliquent déjà depuis plusieurs années. A l’instar de la plupart des autres secteurs d’activité, le greenwashing se porte bien.

Mais, comme ces annonces indiffèrent plutôt les clients, la portée commerciale n’a que peu d’effets. On ne va pas se rendre dans des hôtels juste parce qu’ils ont réduit leur production de déchets. Sinon de faire parler du groupe hôtelier, ce qui est toujours utile, mais un peu ridicule avec de telles décisions rendues publiques. Au même que le retrait des pailles dont on a parlé ailleurs…

À la condition de continuer à trouver ces produits sous une autre forme que les mini-emballages. Ils sont en effet 81 % des voyageurs à juger indispensable à utile de trouver du shampoing et du gel douche dans les salles de bains d’hôtels.   

DU CÔTÉ DES NORMES OFFICIELLES DE CLASSEMENT HÔTELIER

Pour obtenir leurs étoiles, du 1 au 5, comme pour la plupart des autres éléments du référentiel, on ne trouve rien de très convainquant en matière de respect de l’environnement. Les hôteliers ont juste à respecter 3 critères, affirmés comme suit : « Sensibilisation des collaborateurs à la gestion économe de l’énergie, de l’eau et des déchets ». Qu’est-ce que cela signifie, qui enseigne cela avec quelle compétence, quelle est la finalité objective (pour arriver à quoi) ? On n’en sait rien. Mais, l’essentiel est de le fixer pour se donner bonne conscience.

Il reste assuré que l’écoresponsabilité va s’imposer de plus en plus, partout, en hôtellerie comme ailleurs. C’est par conséquent juste une question de temps. En se rappelant que sur le plan économique, on peut en être gagnant. C’est déjà ça.

Paru le 4 septembre 2019

Mark Watkins