MICE après-Covid

 

MICE : « NON, LES VISIOCONFÉRENCES NE VONT PAS TUER LES RÉUNIONS PHYSIQUES »

La crise sanitaire devenue une crise économique a mis le secteur des MICE* au tapis. Il a été l’un des premiers à subir immédiatement annulations sur annulations, dès le premier confinement en mars 2020. Notre dernière enquête auprès des centres de congrès confirme que 73 % des sites ont vu leur activité s’effondrer de plus de 50 % en 2020 (27 % avec une perte de plus de 70 %).

La grande question à présent est de savoir quand la demande se redressera, laquelle dépend — nul besoin de prophétie pour le deviner — de la fin de la pandémie. Mais, surtout, dans « le monde d’après » est-ce que les séminaires, journées d’études, congrès, conventions, colloques, expos… reprendront comme avant ou, au contraire, est-ce qu’une nouvelle forme de réunions professionnelles s’imposera, éloignée de ce qu’on a connu ?

Pour ceux qui veulent y répondre, même si nous sommes d’accord que nul ne peut prévoir l’avenir (même avec une boule de cristal de compétition), il y a au moins deux points de vue : un pessimiste et un optimiste.

LE POINT DE VUE PESSIMISTE :

Beaucoup de professionnels des MICE sont persuadés que le secteur va profondément changer. Ils sont 53 % à être pessimistes sur son évolution à moyen et long termes. En se projettant à l’après-Covid (quand cet épisode sera passé, ce qui arrivera bien un jour, notamment grâce aux vaccins), le point de vue pessimiste consiste à penser que les entreprises normalement commanditaires de réunions professionnelles vont désormais réduire fortement cette activité en extérieur.

Exit les séminaires à la mer et à la montagne, ou même dans les tristes zones industrielles ou dans les charmants petits villages au calme. Exit le dépaysement et le plaisir de se retrouver hors de l’entreprise pour travailler sur des sujets qui la concerne. Les pessimistes — chacun a le droit de l’être — pensent que la visioconférence va massivement remplacer ces manifestations dans l’avenir.

Il est vrai qu’avec le Coronavirus, les entreprises et leurs collaborateurs ont découvert, plutôt de force, les réunions à distance, derrière un écran. Celles dites virtuelles se faisaient déjà de manière exceptionnelle depuis une dizaine d’années. Mais, la technologie n’était souvent pas au rendez-vous. C’est désormais réglé grâce au très haut débit et aux applications parfaites de communication collaborative, telles que Teams, Skype, Google Hangouts, Zoom, etc. que de nombreux cadres et commerciaux ont appris à connaître depuis le premier confinement.

Les réunions à distance ont également l’avantage de coûter infiniment moins cher que les réunions « physiques », ce qui sera sûrement un argument princier, au moins dans un premier temps alors que l’économie est KO. On peut y voir également le fait que cela facilite la logistique : plus besoin de rechercher des salles, d’organiser les voyages des participants le cas échéant et de réserver des repas et des chambres d’hôtels.

En outre, elles permettent de faire gagner du temps ne serait-ce qu’en déplacements et de toucher davantage de monde sans frais supplémentaires que ne le feraient des réunions en « présentiel ». Déjà, plus de 40 % des entreprises disposent de salles de réunions en interne** et réduisaient leurs rencontres à l’extérieur.

Pour les professionnels et prestataires en MICE qui croient que les visioconférences vont remplacer durablement les réunions « en dur », c’est la désespérance. Ils se demandent comment ils vont s’y retrouver dans leurs comptes si cette forme de solution technologique devient une para-concurrence contre laquelle il est difficile de lutter ?

LE POINT DE VUE OPTIMISTE :

C’est plutôt l’option — que je crois lucide — que je prends quand il s’agit de penser à l’avenir des MICE et à leur reprise. Rappel : Coach Omnium est spécialiste des études et du conseil dans les MICE depuis 1992. Il semble totalement improbable que les visioconférences puissent enterrer prochainement les réunions à l’extérieur de l’entreprise, pour plusieurs (bonnes) raisons :

1) – Les réunions virtuelles existent déjà depuis un moment et n’ont jamais remplacé les séminaires et journées d’études en externe. Elles sont réservées aux échanges courts, de moins de 2 heures. Il en va de même pour les visioconférences actuelles devenues courantes et popularisées.

2) – Personne n’imagine raisonnablement imposer des réunions à la journée, voire plus longtemps encore, sous la forme de visioconférences. Elles sont clairement insupportables passées 2 heures !

3)On a besoin de se voir, de se parler et d’être en présence physique pour passer efficacement des messages, motiver, communiquer et valoriser les personnes réunies. Ce sont là les premiers objectifs des MICE, dont on a clairement besoin. Les séminaires ne sont pas une fioriture, ni un gadget. C’est un outil utile et à valeur ajoutée. Comment y parvenir autrement qu’en réunissant en face-à-face les collaborateurs, les membres de son réseau et les clients.

4)Les entreprises considèrent les MICE comme un investissement en termes de management, de communication et de moyen pour stimuler. Les visioconférences, où l’on est souvent passif, ne peuvent satisfaire ces objectifs. On attend des manifestations professionnelles un retour sur investissement, qui se mesure concrètement. C’est pourquoi il est clair que comme tout investissement, cela représente du temps et de l’argent à dépenser. Mais, on sait pourquoi on le fait.  

5) – On assiste — déjà — à un ras-le-bol des visio. Trop c’est trop ! Ce n’est pas satisfaisant et c’est même frustrant. C’est la saturation, même si on comprend qu’il s’agit d’une solution pratique pour compenser le fait que l’on ne peut se réunir à cause de la crise sanitaire. Comme pour les vacances et les petits voyages dans la sphère privée, on ne rêve que de pouvoir ressortir de l’entreprise et de retourner dans les conventions et séminaires, qui sont un break salvateur et bénéfique dans le quotidien routinier.      

6) – Et puis, 95 %** des participants se déclarent enthousiastes à partir en séminaires, si cela ne dure pas trop longtemps (pas plus de 2 à 3 jours).

7) – Enfin, comment croire que réaliser des séminaires en visioconférences peut remplacer de manière agréable et performante des réunions qui se tiennent dans des cadres bien équipés et sympathiques, voire originaux, tels que l’on peut les trouver dans des hôtels, des palais des congrès (pour les grandes manifestations), des châteaux, des monuments historiques, etc.        

Il est bien sûr probable que passée la crise sanitaire, de nombreuses entreprises devront faire des économies. Les MICE ont toujours été le premier poste de dépense que l’on sucre sous cette contrainte. On l’a vu à maintes reprises, notamment après la crise économico-financière de 2008-2009. Mais, très vite, les commanditaires de MICE y reviennent parce que, encore une fois, réunir ses troupes est une nécessité dans l’intérêt de l’entreprise et un instrument de management.

Aussi, peut-on fortement se convaincre qu’une fois cette crise sanitaire terminée, le marché des MICE reprendra avec force et vigueur. Peut-être lentement ou progressivement, ne serait-ce qu’à cause des contraintes et arbitrages budgétaires. Mais, sans aucun doute, devrait-on revenir à une demande au moins du niveau de celle d’avant le Coronavirus.

Aucune solution technologique (même les hologrammes !) ne peut remplacer le bénéfice des réunions physiques, dont les entreprises et leurs collaborateurs ont grandement besoin et réclament.

Paru le 29 janvier 2021

Mark Watkins     

 

  • * MICE : Meetings, Incentive, Conventions et Events (ou Exhibitions)… autrement dit les réunions et manifestations professionnelles.
  • ** Etudes Coach Omnium sur les MICE, depuis 1992