La Thalassothérapie en France

 

L’ÉVOLUTION DU MARCHÉ DE La THALASSOTHÉRAPIE EN FRANCE

La France, berceau de la thalassothérapie, se positionne toujours comme le leader mondial en ce domaine avec 52 centres, majoritairement implantés sur la côte Atlantique. 3 groupes leaders concentrent plus de 40 % du marché : Thalassa (du groupe Accor), Thalazur avec respectivement 9 établissements et Relais Thalasso avec 4 centres.

Ce secteur a connu ces 20 dernières années de nombreux bouleversements :

  • Le déremboursement des cures par la Sécurité Sociale en 1998 (à l’exception des cures thermales),
  • La mise en place de la Réduction du Temps de Travail qui a incité à un morcellement des séjours, aidé par la réduction des coûts du transport aérien avec le développement des compagnies low cost, l’essor de nouveaux produits type city break, les ventes flash ou encore les forfaits week-end. La durée moyenne des séjours touristiques en France a dégringolé de 17,2 jours en 1979 à 11,8 jours en 2004 pour avoisiner les 6 jours en 2017. Le constat est identique sur les séjours en thalassothérapie qui sont passés de 5,5 journées-cures en moyenne en 1996 à 2,1 jours en 2018.
  • la dimension « santé » s’est estompée au profit d’une logique touristique centrée sur le « bien-être » et la « prévention » renforçant la réduction des durées de séjours.

La thalassothérapie est « l’utilisation combinée, sous surveillance médicale, dans un but préventif et curatif, des bienfaits du milieu marin, qui comprend le climat marin, l’eau de mer, les boues marines, les algues, les sables et autres substances extraites de la mer. » Définition AFNOR. Cela ne peut se faire qu’en situations littorale, directement sur la mer.

UN MARCHÉ TRÈS CONCURRENCÉ

• Le développement de la concurrence internationale sur le Maghreb, notamment la Tunisie, qui s’est orientée sur ce marché et compte une soixantaine de centres marins. Elle propose des séjours thalasso tout inclus à des tarifs très compétitifs (à partir de 400 € la semaine). Néanmoins, cette concurrence fluctue en fonction du contexte politique et international : si depuis le printemps arabe, une grande partie de la clientèle était revenue sur les centres français, les destinations internationales regagnent du terrain.

• La concurrence indirecte des établissements thermaux et des spas qui fleurissent depuis une quinzaine d’années dans l’hôtellerie haut de gamme et luxe, et jouent sur les mêmes ressorts en matière de « préventif » — et donc plus seulement le curatif — de « bien-être » et de « détente ». Néanmoins, la thalassothérapie est la seule à pouvoir se prévaloir des bienfaits de l’eau de mer, un élément de différenciation essentiel, mais coûteux en termes de charges d’exploitation et d’investissements. 

• La révolution numérique a également fait évoluer le secteur avec l’essor des plateformes de comparaison et des distributeurs en ligne (Thalasseo.com, Thalasso-passion.com, Thalasso-line.com…) — comme ce que connaît l’hôtellerie — qui sont devenus incontournables.

Ces transformations ont contribué au développement de nouveaux modes de consommation : actes d’achat plus impulsifs, parfois de dernières minutes, et recherche du « bon plan », disposition accrue des clientèles à la comparaison avec le développement des plateformes Internet, durée réduite de séjours (les courts séjours constituent plus de 70 % des séjours hébergés en thalassothérapie) et morcellement des séjours. Quand auparavant, la thalassothérapie résistait pour ne vendre que des cures à la semaine…

Marie-France Astier, du Syndicat National Professionnel de la Thalassothérapie explique, que la clientèle des thalasso a changé : « elle se composait de nombreux habitués qui revenaient 2 fois par an pour des séjours d’au moins 1 semaine. Elle est, à présent, constituée d’un public rajeuni et très diversifié qui fréquente les centres de manière opportune sur de très courts séjours et week-ends ».

Les centres de thalassothérapie ont dû s’adapter aux évolutions du marché, se moderniser et faire bouger leur image traditionnelle, parfois un peu vieillotte ou désuète, surtout depuis l’avènement des grands spas.

UN VENT NOUVEAU A SOUFFLÉ SUR LE SECTEUR

Il se caractérise, d’une part, par de nouveaux fonctionnements internes :

Les formules et thématiques de programmes ont, encore une fois, évolué, avec le développement de cures très courtes/WE (les Escales). Les cures traditionnelles basées sur la santé cèdent leur place aux cures « détente/sérénité », « antistress », « minceur », « detox », « ado », « sport »…, afin d’élargir l’éventail de clientèles.

• Les programmes de soins ont également changé au profit notamment des modelages, devenus indispensables, de thérapies alternatives telles que la cryothérapie, la chromothérapie, l’halothérapie (dont grottes de sel) ou l’utilisation d’appareils comme le melomind.

L’implantation de spa dans la très grande majorité des centres de thalassothérapie, qui adjoignent des prestations de soins esthétiques, notamment, voire d’activités de développement personnel.

Le profil du personnel de soins a évolué : les actes prodigués par des kinésithérapeutes se sont réduits en faveur de l’ostéopathie, par exemple, qui demande moins de séances et donc moins de temps. Les esthéticiennes et hydrothérapeutes, qui pratiquent les modelages et autres soins esthétiques, sont davantage représentées. Le rôle des médecins s’est réduit — à quelques exceptions pour certains soins spécifiques — à la délivrance de certificats médicaux et de contrôle des contre-indications.

D’autre part, l’évolution s’est faite par des rénovations des centres existants, vieillissants pour certains, ainsi que des créations :

Les gros opérateurs se sont lancés depuis une dizaine d’années dans de vastes programmes de rénovation de leurs centres. Thalazur s’est attaquée à Royan, Port-Camargue, Bandol, Ouistreham, Antibes, Arcachon, Saint-Jean-de-Luz. Le Relais Thalasso de Bénodet a rouvert en 2019 après une rénovation complète chiffrée à près de 2 millions d’€. Thalassa a également engagé des rénovations sur plusieurs de ces centres : Trouville entièrement refait en 2015 après 20 ans de fermeture (40 M d’€ de travaux), le Novotel Thalassa de l’Ile d’Oléron rouvert en 2018, les centres de thalassothérapie d’Hyères et du Touquet en 2019.

Plusieurs exploitants indépendants ont suivi le mouvement : Deep Nature à Deauville a entièrement rénové la thalasso en 2014, le groupe Raulic a rajeuni les Thermes Marins de Saint-Malo en 2015, un fond d’investissement auquel participe la famille royale du Qatar a repris et rénové le Miramar Crouesty sur la presqu’île de Rhuys à Arzon en 2014, le groupe cinématographique CGR propriétaire de la thalasso de Châtelaillon-Plage l’a totalement repensé en 2018. La Thalasso Alliance Pornic a été rénovée il y a 5 ans et son hôtel en 2017.

Des ouvertures récentes ont également eu lieu : Donville-les-Bains, Cabourg, Pornichet (le Château des Tourelles) ouverts en 2013…

Auxquels s’ajoutent plusieurs projets plus ou moins concrets, plus ou moins avancés :

  • Boulogne-sur-Mer (10.000 m2 dont 350 pour l’espace marin, hôtel 3/4* de 220 chambres, exploitant Prévithal, budget de 50 M d’€),
  • Saint-Hilaire-de-Riez (7.000 m2, 70 chambres en résidence de tourisme, objectif de 300 curistes/jour, budget de 26 M d’€),
  • Villefranche-sur-Mer (7.200 m2, un hôtel 4* de 120 chambres, un centre de séminaires, budget de 55 M d’€), bloqué au tribunal par un recours administratif qui date de 2017,
  • Un complexe thalasso et hôtel sur Saint-Malo dans l’ancien camping des Nielles porté par l’exploitant des Thermes Marins, le groupe Raulic. Ce complexe inclurait un hôtel de 150 chambres, une résidence de 25 appartements et un centre de formation au métier de la relaxation, de la détente et du bien-être (budget de plus de 50 M d’€),
  • Berck (1.200 m2, hôtel 3* de 112 chambres, exploitant Relais Thalasso).
Échantillon du baromètre inconnu année par année.

Dans ce contexte hyper dynamique de l’offre, on peut se poser la question du retour sur investissement, sachant que :

le marché de la thalassothérapie reste modeste : CA annuel d’environ 150 millions d’€ pour 1 million de curistes en France, soit un CA moyen par établissement de 3 M d’€ alors même que les charges sont élevées, notamment en personnel (45 à 50 % du CA) et en gestion (en raison de l’utilisation de l’eau de mer et des équipements coûteux qui vont avec). Sans compter que les montants d’investissement sont lourds (avoisinant souvent les 50 M d’€ en incluant les autres services, notamment hôtelier),

le marché est essentiellement Français (97 % des curistes en 2018).

La thalasso reste avec le vent en poupe. Selon une étude Opinion Way faite pour France Thalasso, 92 % des Français estiment que les soins à l’eau de mer sont bénéfiques pour la santé.

Elle s’inscrit dans une logique sociétale plus large de « bien-être », expression en vogue largement usitée dans tous les secteurs : le travail (importance accordée au cadre, à la cohésion et esprit d’équipe, à la distinction entre vie professionnelle et privée, au dialogue…), l’habitat, l’alimentation, le sport…

Par ailleurs, la thalassothérapie est nécessairement en interaction avec d’autres services : hôtellerie ou autre hébergement, restauration, commerces,… et participe à la vie et à l’attrait de la destination en créant une nouvelle demande et en étalant la fréquentation souvent très saisonnière des stations balnéaires.

Il demeure que le coût d’un séjour (thalasso, voyage, hébergement, restauration) reste assez élevé pour les budgets des clients, ce qui restreint naturellement la demande en volume. Et ce malgré la possibilités de cures courtes.

Paru le 16 mai 2019

Perrine Edelman


UNE UTILISATION AU DÉPART MÉDICALE

En 1847, à Sète, Mademoiselle Hirsch crée le premier établissement combinant le traitement par l’eau de mer et la cure héliomarine.

1860 marque l’apparition du sanatorium marin, ancêtre de nos Centres de Rééducation en milieu marin qui ancre, à la fin du XIXe, la notion de bain de mer thérapeutique. Un an plus tard, le premier hôpital marin est crée à Berck-sur-Mer par les Drs Lhoste et Perrochaud.

L’année 1865, donne toute sa dimension aux bains de mer car le Docteur La Bonnardière invente le mot « thalassothérapie » à partir des mots grec « thalassa, » la mer et « therapeia », le soin. Dès lors, la thalassothérapie prônera non seulement l’utilisation de l’eau de mer non traitée, mais aussi des algues, du sable et du climat marin. Dans cette lignée, en 1866, le biologiste René Quinton démontre la similitude entre le plasma et l’eau de mer et publiera en 1904 un ouvrage essentiel dans l’histoire des bains de mer : « L’eau de mer, milieu organique ».

En 1899, le Docteur Bagot cherche un terrain pour créer un « institut marin » ; c’est à Roscoff, précisément, pour le cadre, la qualité de l’air et de l’eau qu’il choisit de construire le premier centre de thalassothérapie.

• C’est en 1964, que le cycliste Louison Bobet décide de développer l’activité thalassothérapie en France en ouvrant l’institut de Quiberon, établissement précurseur de la thalassothérapie moderne. Source France-Thalasso.